Continuer

kirghizistan

Quand j’ai refermé « Continuer » de Laurent Mauvignier, lu dans le cadre du Prix du roman des étudiants France Culture- Télérama, je me suis sentie très seule. « Un livre galopant », « Epoustouflant », étaient quelques-uns des mots, lus ici ou là, utilisés pour le décrire. Est-ce que je suis la seule à ne pas l’avoir aimé ? A avoir trouvé sa lecture certes rapide et fluide mais vide et, au final, désagréable?

« Continuer » raconte le voyage, tant physique qu’intérieur, d’une mère désillusionnée et de son fils à la dérive au Kirghizistan. Dans ce pays où l’on se déplace autant à cheval qu’en voiture ils partent, pour un temps indéfini, vagabonder dans les plaines et montagnes souvent hostiles en dormant dans des yourtes ou chez l’habitant.

Bon, déjà, je trouvait ce « pitch » hyper-mièvre, j’avais peur du livre teinté d’exotisme  écrit par un parisien bobo dans lequel les personnages partent « à l’autre bout du monde » pour « se retrouver ». Mais après tout je n’avais jamais lu Laurent Mauvignier et les retours très positifs devaient être justifiés. J’ai par ailleurs adoré Petit Pays, gros succès de cette rentrée littéraire.

Et bien non. De la première à la dernière page j’ai trouvé que l’auteur en faisait des tonnes, que cela soit dans les descriptions lyriques d’un pays où il n’a jamais mis les pieds que dans le portraits de ses habitants, qu’il n’a jamais rencontré. Ses détails sur la culture kirghize, certes pas inintéressants, sentent beaucoup trop le Wikipédia et le Guide du Routard à mon goût.

La psychologie des personnages et leur personnalité sont également beaucoup trop manichéennes et caricaturales, notamment la figure du père, avec lequel Laurent Mauvignier en fait des tonnes dans le genre pauvre type. Pas très fin et pas très réaliste. Le personnage de Samuel est plus en finesse et l’on découvre Sibylle tout au long du roman mais cela n’a pas suffit à compenser, à mes yeux, le côté prévisible et caricatural de leurs péripéties.

Si je devais faire une phrase sur ce roman je dirais que j’ai eu l’impression de lire le script de la prochaine série de l’été de France 2. Trop mièvre, trop prévisible, trop caricatural.

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Petit Pays

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Il suffit de regarder une carte de l’Afrique pour comprendre de quoi parle Gaël Faye. Coincé entre son voisin tanzanien et la République démocratique du Congo, le Burundi est en effet un « petit pays », minuscule même, dont les maux sont pourtant bien grands. Bouleversé par le génocide rwandais et la guerre interne au Congo le pays plonge à son tour dans la violence en 1993.

Témoin direct de ces événements même s’il tente par tous les moyens de s’en extraire Gabriel, héros et narrateur, nous raconte la guerre, la mort, la violence et l’exil à hauteur d’enfant.

Métisse d’une mère rwandaise et d’un père français, rwandais grandissant en exil au Burundi, Gabriel est un enfant matériellement privilégié et insouciant. Dans le Burundi de la paix, il passe son temps avec ses amis à faire les 400 coups  dans « leur » impasse.

Mais la réalité les rattrape, doucement mais sûrement, et la violence s’installe au fil des années qui passent. La littérature, comme un radeau en pleine tempête, ne suffira pas à empêcher Gabriel de se faire emporter par la spirale de l’horreur. Le génocide rwandais, qui décime le pays en 3 mois, et la guerre civile au Burundi qui s’ensuit le contraignent lui et sa sœur à un nouvel exil, vers la France cette fois-ci.

Il serait difficile d’avancer un sujet précis à ce livre de 215 pages qui se lit d’un souffle. Ouvrage de l’exil, du métissage, lettre d’amour à un pays, ode à la littérature, plaidoyer pour la tolérance et l’apaisement, Petit pays est cela et bien plus encore. On espère que le rappeur et slameur Gaël Faye a encore bien des choses à nous raconter.

Incident Voyageurs

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Vous êtes-vous déjà imaginé ce qu’il se passerait si votre train/métro/RER restait bloqué dans un tunnel?

Rentrée rime (plus ou moins) avec « littéraire », qui lui-même rime avec « RER » et je ne pense pas que cela soit une coïncidence. A l’heure où chacun reprend le chemin du boulot/ de l’école (certains, comme moi, ne l’ont jamais quitté mais c’est un autre sujet) le roman de Dalibor Frioux « Incident voyageurs » va vous faire réfléchir sur vos trajets quotidiens.

Le pitch est pourtant aussi simple que celui d’un film catastrophe américain:à une époque indéterminée (notre futur proche?), un wagon bondé du RER A, la ligne la plus empruntée d’Europe, est à l’arrêt dans un tunnel depuis des années (2 ans? 4 ans?) A son bord, les deux mille voyageurs du train EMOI, constitué d’une rame « d’un seul tenant » comme s’en vantent la RATP et SNCF, sont coincés aux portes de Paris, oubliés.

Sous les néons aveuglants du RER les batteries se sont déchargées, les portables éteints, les tabous brisés, les groupes organisés, la cruauté révélée. Le lecteur suit les monologues intérieurs d’Anna, mère célibataire d’un enfant autiste; de Vincent, cadre travaillant dans le secteur de la culture et atterrit presque par hasard dans cette rame maudite; et de Kevin, chômeur en fin de droits persuadé d’être mis à l’épreuve par le « Pôle », chargé de lui trouver une « occupation ».

Car à travers ces témoignages nous découvrons la société du futur telle que Dalibor Frioux la conçoit: surpopulation, système capitaliste agressif ayant accentué les différences de classes sociales et chômage monstre donnant lieu à des méthodes de « retour à l’occupation » non moins monstrueuses. La survie et l’organisation au sein de la rame nous sont également racontées. Ces passages sont d’ailleurs les plus crus, âmes sensibles s’abstenir.

L’auteur nous livre un point de vue résolument pessimiste et acerbe sur la nature humaine. On peut trouver cela trop exagéré et défaitiste mais, à voyager dans les rames de RER après la lecture de ce livre, peut-on vraiment contredire cette opinion?

Par la promiscuité et les conditions de voyage presque dégradantes qu’ils nous imposent, par leur imprévisibilité aussi, les transports en commun réveillent en nous un sentiment d’urgence et des réflexes de survie quasi bestiaux révélant nos vrais visages. Telle est selon moi la leçon à retenir de ce romain, qui ne vous fera plus jamais prendre les transports comme avant.

Dans la peau d’une djihadiste

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Au coeur de l’été, je ne pensais pas écrire cette critique avant fin août voire début septembre, ne trouvant pas le sujet du livre particulièrement réjouissant ni approprié aux vacances, bien méritées après l’année qui vient de s’écouler.

Malheureusement, l’actualité m’a rappelé qu’il n’a jamais été aussi important de lire ce genre de témoignage, afin de mieux comprendre les mécanismes de radicalisation et de recrutement des organisations terroristes qui frappent sur notre sol.

Journaliste d’investigation spécialisée dans la propagande et le djihad numériques, Anna Erelle (nom d’emprunt) s’est glissée dans la peau de son double numérique factice: Mélodie.

Jeune, nouvellement convertie à l’Islam, perdue, naïve, esseulée, peu éduquée et sans repères familiaux, la jeune fille est repérée presque par hasard sur Facebook par un certain Bilel, chef français d’une brigade de l’Etat Islamique. Ce-dernier engage tout de suite la conversation en lui demandant de le rejoindre à Raqqua, fief de l’organisation terroriste, pour faire son djihad.

Commence alors pour Mélodie/ Anna une relation numérique par Skype d’un mois où l’ « emir » de l’EL récite un discours de propagande extrêmement bien huilé, profite de la faiblesse psychologique de la jeune fille pour purement et simplement lui laver le cerveau et n’oublie pas de la demander en mariage dans la foulée.  Changeant de sujets avec une facilité inhumaine (des têtes coupées à la lingerie fine), Bilel ne se doute pas que, cachée derrière son voile, se trouve en réalité une pigiste parisienne de 30 ans bien déterminée à obtenir des informations à la source concernant l’organisation et ses méthodes de recrutement.

Ce livre se lit comme un thriller, à la différence près qu’il ne s’agit pas de fiction et que les conséquences finales de ces embrigadements et lavages de cerveaux sont malheureusement bien réelles. Il incite également à approfondir le sujet, d’une manière peut-être plus théorique.

Car il s’agit bien d’un témoignage avant-tout, celui d’une journaliste prête à tout pour aller au bout de son sujet et faire éclater la vérité. Dépassant les limites, son enquête l’amène au bout d’elle-même, jusqu’au dénouement final qui laisse sans voix, jusqu’aux menaces pesant encore aujourd’hui sur elle, jusqu’à l’incompréhension totale de ses proches. Faut-il aller jusque là pour une enquête? Oui, car elle nous est, plus que jamais, indispensable.

Sexus Nullus, ou l’égalité

A l’heure où la première personne de genre neutre vient d’être officiellement reconnue aux Etats-Unis, à l’heure où l’on massacre des homosexuels dans des clubs et à l’heure du mariage pour tous en Europe, la question du genre ne nous a jamais autant taraudée, divisée, interrogée, choquée.

Ne nous privons donc pas de la lecture de Sexus Nullus, ou l’égalité, de Thierry Hoquet, paru aux éditions iXe à la rentrée dernière. Spécialiste de la philosophie des sciences et de la période des Lumières, il nous interroge dans cet essai en forme de conte philosophique sur la pertinence du maintien du genre dans la société.

Son Candide se nomme Ulysse Riveneuve, illustre inconnu se jetant par un enchaînement de circonstances plus ou moins médiatiques dans la course à la présidentielle française. Son seul programme: la promesse qu’une fois élu, il fera disparaître la notion de genre de la République. Sans nier la réalité de la différence sexuelle, le genre sera considéré, au même titre que la religion ou les origines, comme une donnée privée ne relevant que de la vie personnelle de chacun.

C’est cette idée  qui est filée tout au long des 170 pages du conte. Au-delà du buzz crée par sa candidature, Riveneuve s’attache en effet à démontrer aux médias, à la classe politique, aux médecins, aux biologistes, aux marketeurs, aux notaires et juristes, aux religieux, aux athées, aux  étudiants, aux  académiciens, aux financiers…les bien-fondé de cette petite révolution qui changerait toute la société. Malgré tous ses efforts, Riveneuve sera-il élu?

Au-delà d’une écriture fluide et agréable Thierry Hoquet va au bout de son idée et, en concevant une société dans laquelle le genre serait neutre, nous invite à nous interroger sur la notion de genre, son sens et son utilité dans nos sociétés. Un livre accessible, qui donne envie d’aller plus loin et qui invite à la réflexion et l’interrogation, donc.

Au-delà de la question du genre, l’auteur n’épargne pas notre société contemporaine et critique avec ironie la classe politique, ses meetings et son hypocrisie. Des débuts médiatiques de Riveneuve dans Marie-Claire  à son passage dans un talk-show américain très connu, la force et la bêtise des médias n’est également pas épargnée.

Un grand merci à Clara et aux éditions iXe pour cette lecture !

Fukushima, Récit d’un désastre

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Français expatrié au Japon,professeur de littérature à Tokyo, Michaël Ferrier est un expat de longue date qui raconte dans ce récit autobiographique le séisme du 11 mars, le tsunami et la catastrophe nucléaire qui s’en ait suivi.

La première partie du livre décrit très bien le tremblement de terre de magnitude 9 qui a secoué le pays. Le style à la fois factuel et poétique nous dépeint le bruit sourd du tremblement de terre, qui s’accompagne d’un « tremblement du temps », toute notion de haut, de bas et d’heure étant perdue. Le monde qui chancelle, la guerre des secousses qui s’étaleront jusqu’au 8 juin, l’inquiétude des Japonais, les alertes  à la télé et les messages des proches alarmés nous sont tellement bien décrits qu’on ne peut plus s’arrêter de lire. Ayant vécu pendant 3 ans dans une ville menacée, encore aujourd’hui, par un puissant tremblement de terre, j’ai dévoré ces descriptions.

Récits sauvés des eaux, la deuxième partie du roman, nous conte le périple de Michaël Ferrier et de sa compagne hispano-japonaise partis aider les populations sinistrées de Fukushima après le séisme. Le récit du Français, qui décrit les paysages dévastés, les camps de fortune abritant les rescapés et les corps qui jonchent les routes, est saisissant. Plus saisissant est encore le détail de ces responsables japonais dépassés, augmentant à l’envi les doses maximales d’exposition radioactive, censurant toute image et information concernant les centrales et élaborant de vastes opérations de communication pour minimiser l’impact de la catastrophe et faire croire que la vie après Fukushima peut être une vie « normale ».

C’est d’ailleurs sur ce point que se concentre la dernière partie du livre, La demie-vie, mode d’emploi. En prenant en compte l’ampleur de la catastrophe et la durée de vie des matériaux radioactifs il est impossible de penser Fukushima comme une catastrophe passée et belle et bien finie. Au contraire, pour l’auteur 2011 est « l’année 0 » à partir de laquelle commence la « demie-vie », celle du mensonge sur les conséquences du nucléaire, incolore, inodore, invisible et pourtant terriblement dévastateur. La « demie-vie »,celle que les partisans du nucléaire veulent nous faire vivre, celle qui normalise les conséquences de catastrophes aussi anormales que Fukushima, une errance entre la vie et la survie.

Bien sûr, je ne saurais que trop conseiller ce livre. Je ne suis pas particulièrement passionnée par le Japon mais il a le mérite de nous faire découvrir une culture, de nous faire vivre un événement de portée internationale à travers un regard individuel et de nous ouvrir les yeux sur la réalité du nucléaire, loin des discours parfois caricaturaux sur le sujet.

L’amant

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Il est toujours très très difficile de parler de manière subjective de nos livres préférés. Je suis de ceux qui pensent que c’est même impossible. Quand un roman vous transporte jusqu’à vous transpercer le coeur, comment après arriver à en discuter avec du recul?

L’Amant, de Marguerite Duras, c’est peut-être le seul livre dont je ne peux pas parler, justement parce que c’est celui qui me touche le plus. Et pourtant je ressens souvent le besoin d’en discuter, d’en dire quelque chose, mais cela m’est tout simplement impossible, du moins très difficile. Dans ce post, j’aimerais juste en parler d’une manière évasive, pour vous donner envie de le lire ou de le relire. Mais je ne peux pas en faire plus.

J’ai ouvert ce livre par hasard, il traînait dans les bibliothèques de mes parents, j’avais 16 ou 17 ans, je m’ennuyais. J’ai tout de suite aimé l’histoire. Rédigé à la première personne, on se laisse porter par celle que l’on s’imagine être la jeune Marguerite Duras (mais cela n’est jamais clairement dit). Elle conte le récit comme on lirait une histoire pour enfant, comme si l’action s’était déroulée dans un passé incertain, que l’on ne peut dater. Elle raconte l’histoire d’une adolescente française dans le Vietnam d’aujourd’hui (l’Indochine d’hier). Elle raconte sa traversée du Mekong en bac, et sa rencontre avec un jeune chinois, sur le bateau en même temps qu’elle. C’est le début d’une histoire amoureuse, sensuelle, passionnée et interdite. Une histoire qui ne finira jamais vraiment.

Je ne saurais pas exactement dire ce qui m’a plu dans ce livre. En y réfléchissant, après relecture du roman, je pense que j’ai aimé l’exotisme du Mekong et de Saïgon, les difficultés familiales que vit la narratrice, l’attraction presque magnétique d’un couple qui se sait impossible, perdu, mais qui ne peut s’empêcher d’aimer.

Ou peut-être l’écriture de Marguerite Duras. Bien avant même de la lire j’étais amatrice de ce style d’écriture dépouillée, sobre et au final beaucoup plus émotionnel que des phrases interminables. On m’a dit que le style de Duras était trop pédant, dépressif, qu’elle ne parlait que de choses tristes. Mais j’ai abordé ce roman sans aucun préjugé et cela a peut-être été ma force, de le lire seulement avec le coeur et non avec la tête.

Je relis souvent L’Amant, environs une fois par an, moi qui ne relis jamais mes livres. Il a tout de suite eu sa place dans mon Panthéon, et je peux dire que jusqu’à maintenant aucun autre livre ne m’a autant touché. Le relire, c’est toujours pour moi me faire transporter par une vague d’émotions. C’est à la limite de ne pas pouvoir le lire, de ne pas être « normale » en le lisant.

Quand j’ai appris qu’un film avait été tourné à partir du roman, je me suis dit que c’était quitte ou double. J’ai quand même pris le risque de le voir, et je n’ai pas été déçue. Ce qui est bien avec Marguerite Duras, c’est qu’elle ne s’est pas cantonnée aux romans. Elle a fait des pièces de théâtre, des nouvelles, des films aussi, donc. Pour L’Amant de Jean-Jacques Annaud, elle n’a pas hésité à s’en mêler, à travailler avec Annaud et à, je pense, être intraitable sur la retranscription du roman. Et elle a eu raison car le film est plutôt réussi, on retrouve une belle atmosphère, de beaux acteurs, des décors et costumes magnifiques, accompagnés d’extraits du livre.

Bien sûr, en refermant ce livre, j’ai lu tout ce que la bibliothèque de mes parents contenait de Duras. J’ai cherché, acheté, emprunté Duras. J’ai aimé des choses, d’autres moins. Je me suis parfois ennuyée, j’ai parfois été transportée. L’Amant restera son chef- d’oeuvre. L’Amant de la Chine du Nord , sorte d’ « Amant 2 », qui raconte en quelque sorte la suite de cet amour, m’a pas mal déçu. Quand on a énormément aimé une oeuvre, c’est toujours difficile de voir son auteur essayer de capitaliser sur le succès avec des sortes de suites médiocres.

J’espère qu’un roman ou n’importe quelle oeuvre artistique vous touchera comme ce livre m’a touché.

Pour vous inspirer voici une liste non-exhaustive (je n’ai pas totalement TOUT lu de Duras non plus :)) de romans, essais, pièces de théâtre, films etc de Marguerite Duras qui valent à mon sens d’être explorés:

L’Amant, et le film éponyme de Jean-Jacques Annaud, donc 🙂

La vie matérielle

La maladie de la mort

M.D, de Yann Andréa

Un barrage contre le Pacifique

Le vice-consul

Le marin de Gibraltar

Hiroshima mon amour (film)

India Song

La Douleur

Moderato cantabile

Ceux que j’ai moins aimé:

L’Amant de la Chine du Nord

Le ravissement de Lol V.Stein

Les petits chevaux de Tarquinia

Dix heures et demie du soir en été