Fendre l’armure

Armure

J’ai découvert Anna Gavalda il y a 14 ans déjà (mon dieu), avec son recueil de nouvelles « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part ». Le hasard d’une amie tenant ce livre dans les mains à la cour dans récré- oui pour moi, il y a 14 ans, c’était ambiance cours de récré.

J’avais adoré son style et enchaîné ses oeuvres, de « Ensemble, c’est tout » à « Je l’aimais » (tout deux adaptés au cinéma), en passant par « L’échappée belle ». Aujourd’hui, quand je regarde ma bibliothèque, je me rends compte que j’ai lu tous ses livres, presque sans le faire exprès.

J’ai redécouvert Anna Gavalda il y a quelques mois dans le Relay d’une gare dont j’ai oublié le nom. J’étais sûre qu’avec elle, j’allais passer un bon moment de lecture.

Je ne me suis pas trompée. Les 7 nouvelles qui composent ce nouveau recueil nous parlent d’être humains ordinaires, de leur solitude ordinairement inhumaine, de leur amour de la vie aussi. D’un retour en TGV sous gueule de bois à un voisin de pallier parti trop vite en passant par les soirées d’une employée d’animalerie qui croise la route d’un poète; l’on se prend à aimer ces personnages, et à se reconnaître en eux, quelque part. Anna Gavalda se penche sur nos petites vies, insignifiantes, solitaires, grotesques mais aussi touchantes et belles.

Anna Gavalda est parfois critiquée pour sa mièvrerie, son côté « Tout le monde est beau et gentil ». Au contraire, il suffit de lire ses livres et d’avoir un peu de sensibilité (deux conditions apparemment pas si facile à réunir), pour comprendre qu’elle est l’anti « chick lit » par excellence: l’on croit lire un roman facile et tendre, et c’est en fait ce roman qui lit en nous en nous renvoyant notre reflet. C’est ainsi peut-être la seule écrivain qui ne m’ait réellement donné l’envie d’écrire, pour coucher sur papier ma propre solitude.

 

 

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Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une

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Cela partait pourtant d’une bonne intention. Un livre offert de collègues à collègues, lors d’un pot de départ pour une nouvelle vie. Une jolie couverture et la promesse d’un roman feel good facile et rapide à lire.

Camille, 38 ans, a une vie rangée et tout pour être heureuse en apparence: une famille, un job de commerciale, un véhicule de fonction avec GPS intégré . Elle est pourtant l’archétype de la fille stressée, énervée, hyperactive et sur-sollicitée. Tout bascule lorsqu’elle tombe sur Claude, au hasard d’un accident de voiture. Claude lui ouvre miraculeusement sa porte alors qu’elle sonne chez lui, perdue en pleine campagne au milieu de la nuit. Heureux hasard: il est routinologue, une profession que Camille ne connaissait pas, mais qu’elle va bien vite découvrir.

La transformation de Camille est impressionnante de rapidité et d’efficacité: elle quitte son job (dans quelles conditions?) pour se lancer dans l’entrepreneuriat (avec quels fonds?) et rencontre un succès fulgurant en deux temps trois mouvements, au point que Jean- Paul Gaultier en personne se rend à l’inauguration de sa première boutique (trop fort Jean-Paul!). Elle re-séduit son mari en une nuit et retrouve sa complicité perdue avec son fils en un quart d’heure. Elle convainc sa mère de croire en elle en l’espace d’un déjeuner, après que Claude lui ait répété ses mantras de super-coach quelques secondes avant. Que la vie est facile, au pays de Raphaëlle Giordano!

De bonnes intentions, ce livre en est rempli. Mais pourquoi, alors, a-t-on l’impression de lire quelque chose entre un roman, un livre de développement personnel et un article de magazine féminin bourré de clichés? C’est écrit avec les pieds (mais bon, ça, je m’y attendais), les conseils sont vus et revus. Seule la fin a attiré mon attention et réveillé mon cerveau endormi par cette succession presque comique de déjà-vus.

En conclusion, et si vous voulez réellement travailler en introspection sur votre vie et les directions à lui donner, jetez ce livre par la fenêtre et lisez ou relisez le classique Petit Prince ou la doctrine de Confucius (dont est tiré le titre de ce livre).

 

Fous de l’Inde- délires d’Occidentaux et sentiment océanique

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L’Inde rend-t-elle fou, ou les fous vont-ils en Inde?

C’est en partant de cette interrogation un peu caricaturale que Régis Airault, psychiatre ayant exercé au consulat de Bombay, analyse le rapport des voyageurs occidentaux avec ce pays sans limite.

D’émotions esthétiques intenses à l’angoisse du vide, Régis Airault aborde tout d’abord les voyages pathologiques, où le pays est un support à des névroses déjà existantes ; puis les voyages pathogènes, où le pays fait naître des crises graves, impressionnantes et parfois longues, qui disparaissent quasi immédiatement au retour en France.

Les exemples très concrets, les nombreux témoignages et la langue simple utilisée par l’auteur permettent à ce livre de vulgarisation efficace de se lire rapidement et de manière fluide. Cela dit, il ne faut pas nécessairement « être fou » pour partir en Inde, et le livre occulte les milliers de voyageurs y partant tous les ans et pour qui tout se passe bien sur le plan psychologique. Mais après tout, c’est un livre qui lève le voile avec beaucoup de justesse sur un phénomène très peu abordé et pourtant toujours autant d’actualité.

De manière plus générale, il nous éclaire sur le quotidien d’un soignant psychiatrique travaillant en toute indépendance et avec les moyens du bord dans un pays compliqué à aborder et très exotique. Toutes les étapes de la prise en charge des patients sont décrites, avec parfois des échecs ou au contraire des réussites impressionnantes.

La troisième et dernière partie est une interrogation plus générale sur ce qui nous pousse à partir en voyage, à aller dans des pays toujours plus éloignés de notre culture, tels que l’Inde. Pourquoi cette prise de risque? Pourquoi part-on en Inde? Pourquoi part-on ? M’étant moi-même posé ces questions, cette partie est celle que j’ai trouvé la plus instructive. Le retour à l’enfance y est évoqué, ainsi que le « sentiment océanique », sentiment indescriptible, subjectif, régressif et violent de sortir de la Caverne et de faire corps avec le « Tout » universel.

L’Inde, en étant plus tolérant à ce que nous appelons « la folie », et en réveillant en nous, Occidentaux, des sentiments liés à l’enfance, nous attire irrésisitblement ou nous angoisse atrocement. Très souvent, elle créée un sentiment de dépendance qui survivra longtemps et nous poussera à nous y rendre à nouveau.

Il est toujours bon de creuser en soi et de s’interroger sur soi-même. Cet ouvrage nous incite à le faire. Il m’a ainsi amené à considérer mes comportements, mes émotions et mes passions ainsi que ceux des autres sous un angle un peu plus psychologique et moins « terre à terre » qu’avant. Je me suis rendue compte qu’il était nécessaire, très instructif et au final assez agréable de prendre du recul sur ses choix et ses émotions.

De l’exploration géographique à l’exploration intérieure, des rivages de l’océan à nos propres limites et à notre folie, le voyage, et particulièrement le voyage en Inde, est un ailleurs qui nous ramène à l’enfance et à nos origines; un dépaysement total qui agit comme un rite initiatique. Bons voyages…

 

Une vie- Simone Veil

17/06/1974. SIMONE VEIL, MINISTRE DE LA SANTE       NB 60516

 

L’on connait tous Simone Veil, de près ou de loin. Elle évoque pour beaucoup le combat pour la contraception et la dépénalisation de l’avortement. Peu après sa disparition en juin 2017 son autobiographie, parue initialement dix ans plus tôt, a refait surface dans toutes les librairies. Aujourd’hui, je me dis que c’est un livre dont l’on devrait rendre la lecture obligatoire à l’école.

Une enfance douce mais une adolescence puis une vie marquées par un seul mot, qui tombe comme un couperet pour Simone et sa famille en 1944, violemment et presque par hasard au détour des rues de Nice: Shoah. S’ensuivent la déportation, la séparation avec son père et son frère et son arrivée au camp d’Auschwitz- Birkenau, où un conseil murmuré lui sauve la vie: « Surtout, dis bien que tu as dix-huit ans« .

L’incroyable réalisme avec lequel Simone Veil décrit son expérience, ses mots simples, clairs et violents, sa mémoire implacable de ces années vécues comme un cauchemar font de ces premiers chapitres sur la Shoah l’un des témoignages les plus poignants sur ce sujet.

Ce que Simone Veil raconte aussi, et qui est rarement abordé dans la littérature sur la déportation, c’est le retour des camps. Le déni des autres, leur incompréhension, leur volonté d’oublier ce qui a pu arriver aux « déportés », la solitude et l’irréalité vécues par  ceux qui reviennent, les difficultés de leur réinsertion.

L’on comprend alors que la vie de Simone Veil sera irriguée, plus ou moins consciemment, par ces années vécues dans l’enfer, la maladie et l’odeur de la mort.

La volonté de faire des études et de concilier vie de famille et carrière au plus haut niveau témoigne de cette force de caractère. Contre l’avis de son mari et à rebours de la société conservatrice de l’après-guerre, Simone Veil termine en effet ses études de droit, fait 3 enfants puis s’inscrit sans transition au concours du barreau de Paris avant de devenir magistrat.

Après des années dans l’administration pénitentiaire Simone Veil entre au gouvernement en 1974 en tant que Ministre de la Santé. Sa préparation puis sa défense sans faille du texte de loi historique légalisant et encadrant l’avortement sont décrits ici avec une précision et une humilité impressionnantes.

Du parlement européen au Conseil Constitutionnel, en passant par son engagement pour la mémoire de la Shoah et des Justes, Simone Veil a traversé son époque et participé aux grandes mutations historiques, sociales et politiques du XXème siècle.

Une autobiographie à lire, relire et à faire lire.

Neandertal, mon frère

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Je ne suis pas particulièrement passionnée de Préhistoire, d’anthropologie ni de paléoanthrophologie (science étudiant l’évolution humaine), mais j’avoue que les premiers Hommes et leur mode de vie m’ont toujours intrigués et fascinés.

C’est donc par curiosité que j’ai ouvert « Neandertal, mon frère », qui retrace le mode de vie de l’Homme de Neandertal, avant et après l’apparition d’Homo Sapiens (en gros, nous). Curieusement, le livre se lit très bien, bien qu’il ne raconte rien de particulier. Il s’agit plutôt d’une description du mode de vie de Neandertal, espèce maintenant disparue mais présente il y a des milliers d’année dans toute l’Eurasie.

Le livre s’efforce de vulgariser les principales découvertes et connaissances en la matière en abordant toutes les facettes de la vie de Neandertal: l’habitat, la nourriture, la reproduction, les rituels religieux et funéraires…en ne pouvant élaborer, bien souvent, que des hypothèses, tant les pistes en la matière restent floues. L’on apprend à l’occasion que, loin d’être le gros rustre que l’on a souvent dépeint, Néandertal avait développé un mode de vie simple mais non moins élaboré, qui lui a notamment permis de survivre à six glaciations et de côtoyer Sapiens pendant des milliers d’années.

Je me suis surprise à me passionner pour le détail de la vie (ou plutôt de la survie) de Neandertal en Europe. Il faut dire que c’est un lointain ancêtre: les Sapiens européens (nous-mêmes, donc) portent tous encore en eux entre 2 à 4% de gènes néandertaliens. Nous sommes donc bien « frères » puisque, contrairement à ce que l’on a longtemps cru, Neandertal n’a pas « évolué » pour devenir Sapiens: les deux espèces ont progressivement « fusionnées » lorsque Sapiens est arrivé en force du continent africain avec des techniques plus développées et, surtout, un « esprit de conquête » que n’avait pas Néandertal. Les deux espèces se sont côtoyées et se sont reproduites ensemble pendant des milliers d’années, l’une apprenant de l’autre. Et ce jusqu’à la disparition des Néandertal, pour des raisons intrigantes qui sont détaillées dans le livre.

Un ouvrage très instructif donc, et relativement facile d’accès, à lire pour ceux qui veulent briller en société avec leur connaissance en paléoanthropologie / lire quelque chose d’original / s’intéressent aux premiers Hommes. Enfin, cela a le mérite de nous faire réfléchir sur notre conception de l’évolution, que l’on nous apprend à percevoir comme verticale et « ascendante » (le plus récent = le plus évolué), alors qu’elle est bien souvent horizontale, le plus récent étant le produit de tout un passé, pas nécessairement moins bien mais juste moins adapté à l’époque.

Culottées, Tome 1

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Cadeau pour mon anniversaire, c’est par hasard que ce beau livre- objet m’est arrivé entre les mains. Pour moi Pénélope Bagieu rimait avec les soirées We are 90’s, le personnage de Pénélope Jolicoeur et son blog sur sa vie tout à fait fascinante.

C’était un plaisir de retrouver le trait de l’auteur et sa plume acerbe maniant si bien le second degré. Le stylo de Pénélope Bagieu file à 200 kilomètres heure, et il faut s’accrocher (peut-être un peu trop?) pour suivre ces 15 récits de femmes culottées qui n’en font qu’à leur tête. De la femme à barbe à la sirène (oui, oui), de la guerrière apache aux soeurs militantes et à la reine africaine, ce sont autant de portraits inspirants de femmes pour la plupart méconnues qui nous sont proposés. Personnellement, je n’en connaissais qu’une, Joséphine Baker, et seulement de nom.

Il est par contre préférable de ne pas enchaîner les portraits mais plutôt d’en lire quelques uns par ci par là, pour « digérer » le flux d’information contenue dans les planches de Pénélope Bagieu.

Malgré le plaisir à lire la BD et le choix très intéressant des personnages historiques, le côté très « tout va bien dans le meilleur des mondes » des portraits m’a parfois dérangé. J’imagine en effet que pour ces femmes tout n’a pas été aussi facile, fluide et limpide que dépeint dans le livre.  L’impression est trop souvent donnée qu’il leur a suffit un jour de se réveiller un beau matin décidées à prendre leur vie en main pour qu’une suite d’événements s’enchaîne sans jamais qu’elles n’hésitent, ne flanchent ou s’apitoient sur leur sort. Même si l’ouvrage a avant tout vocation à faire découvrir et appelle à des lectures plus approfondies, il aurait gagné selon moi à être plus long, de manière à être plus fidèle à ce qu’a réellement été la vie de ces femmes.

Déicide, ou la liberté

Religion

 

«Pour peu que tu naisses de ce côté-ci de la frontière ou de celui-là, tu seras hindouiste, bouddhiste, musulman. Catholique à Rome ou Dublin, luthérien à Münster, calviniste à Genève, musulman à Alger, Ryad ou Istanbul, et juif peut-être à New York ou Jérusalem.»

Lu dans le cadre de la Masse Critique Babelio Déicide, ou la liberté est la suite du premier conte philosophique de Thierry Hoquet, Sexus Nullus.

Alors que sa popularité est au plus haut, à la veille du second tour des élections présidentielles, Ulysse Riveneuve, le candidat qui promettait de ne plus mentionner le sexe à l’état civil, disparaît sans laisse de traces. Son enlèvement est revendiqué par un mystérieux « Front oecuménique du Salut », qui voyait en Ulysse Riveneuve une menace à l’ordre établi et à la loi divine.

Sa compagne Karine Dubois, d’abord atterrée par la nouvelle et par les réactions fusant de toutes part, décide en réaction de « reprendre le flambeau » du combat d’Ulysse en militant pour le déicide, c’est à dire la disparition totale du fait religieux dans l’espace public.

S’ensuivent alors une série de péripéties plus ou moins réalistes et drôles, ponctuées de tirades d’arguments pour ou contre le déicide proférées par Dubois et par ses adversaires politiques. Le paysage politique français contemporain est à peine voilé sous des noms d’emprunts, et il est vraiment aisé de deviner sur quels protagonistes Thierry Hoquet tire à boulets rouges. Et pour cause, tout le monde en prend pour son grade dans cet essai sur la religion en forme de conte philosophique.

En posant un idéal volontairement extrême, intenable et inatteignable l’auteur s’engage dans un débat d’idées sur la religion dans l’espace public, la laïcité à la française et l’extrémisme religieux et politique. En égratignant, au passage, toute la classe politique française, les médias et le peuple.

Sur le principe, je pense qu’il faut aborder Déicide comme un essai sur la religion dans l’espace public, une matière à réflexion, un cours de philo en quelque sorte (l’auteur enseigne d’ailleurs cette discipline).

Mais là où Sexus Nullus était court, percutant et pertinent Déicide, ou la liberté est long, trop bavard et dispersé. Les seules figures que j’ai trouvé intéressantes sont des personnages très secondaires: Asmus, le geôlier d’Ulysse Riveneuve, et Jacqueline Hallier, la vieille amie juive de Karine Dubois.  Là où Sexus Nullus faisait mouche par sa modernité et la pertinence de sa thèse, développée dans plusieurs domaines, j’ai vraiment trouvé que Déicide se perdait dans le puit sans fond de la religion, même si la réflexion sur le sujet n’est jamais inintéressante. Les tirades répétées des uns et des autres, la virulence exagérée des personnages principaux (Karine Dubois en tête) a rendu ma lecture assez désagréable, et la thèse première du livre se perd et devient peu convaincante.

 

Je peux très bien me passer de toi

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Je ne suis pas une grande amatrice de chick-lit, comme on dit, même si j’avoue que j’ai lu le premier Sophie Kinsella et que je ne suis pas contre un bon Bridget Jones parfois pour me changer les idées, mettre mes neurones en mode basse consommation et oublier un peu la « vraie vie ».

L’on peut même parfois avoir de bonnes surprises. C’est ce que je me suis dit en lisant les critiques de Je peux très bien me passer de toi: tout le monde encensait ce livre, c’était un livre « attachant » et « émouvant », « une intrigue fraîche et légère ». Je me suis donc motivée à l’acheter, moi qui achète rarement des livres, pour le lire durant un week-end. Et bien je n’aurais pas dû.

Il y a donc Chloé, 28 ans, qui enchaîne les aventures d’un soir car elle ne s’est toujours pas remise de sa rupture deux ans plus tôt, et qui rêve en secret d’écrire un roman. Il y a également Constance, à peu près le même âge mais aux opposés de Chloé, d’ailleurs son personnage est beaucoup trop caricatural pour être réaliste. Elles sont toutes les deux parisiennes, bien sûr, elles cherchent toutes les deux le grand amour, bien sûr, et elles vont bien sûr toutes les deux le trouver de la manière la plus inattendue qu’il soit hors de Paris.

Alors bien sûr c’est un roman bien écrit, d’un ton rythmé et enjoué. Lorsque l’on croit que l’intrigue s’essouffle, elle repart en fait de plus belle. Certains thèmes abordés sont originaux pour un roman de chick-lit: deuil, conflits familiaux, homosexualité…sont mis en avant d’une manière pertinente et qui réussit à contourner quelques clichés.

Mais cela n’a pas suffit à m’ embarquer assez pour être véritablement touchée par ce roman, dont l’intrigue est quand même téléphonée d’avance et les personnages bien trop caricaturaux pour que l’on s’y attache vraiment. Cette lecture est donc globalement une déception pour moi. La chick-lit n’est peut-être pas faîte pour moi finalement. A emprunter plutôt qu’à acheter!

Prix du Roman des étudiants France Culture- Télérama

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Lancé il y a quatre ans, avec le soutien du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, dans le but de « faire découvrir la littérature d’aujourd’hui aux jeunes d’aujourd’hui », le Prix du Roman des étudiants France Culture – Télérama propose à des étudiants-jurés d’élire leur lauréat au sein d’une sélection resserrée de cinq ouvrages, établie par les journalistes et producteurs des deux médias. 

Gaël Faye succède donc à Maylis de Kérangal (Réparer les vivants), Eric Reinhardt (L’amour et les forêts) et Olivier Bourdeaut (En attendant Bojangles). Outre l’auteur de Petit Pays, la sélection de cette année comprenait Catherine Cusset (L’Autre qu’on adorait), Jean-Paul Dubois (La Succession), Laurent Mauvignier (Continuer) et Eric Vuillart (14 juillet).

Et voilà, c’est terminé ! 1 mois et demi de lecture depuis que j’ai appris par un bref e-mail ma sélection en tant que jury du prix du roman des étudiants France Culture- Télérama.

Des pages et des pages lues et une rencontre avec Gaël Faye plus tard, je peux dire qu’il faut avoir un bon moral pour ne pas tomber en dépression à la lecture des romans de la sélection. Entre génocide, bipolarité, euthanasie, adolescents en crise, parents paumés, chutes d’une falaise au Kirghizistan, cadavre dans les rues sans oublier suicide, on peut dire que les livres choisis ne redonnent pas forcément le sourire. Les romans de Catherine Cusset, de Jean-Paul Debois et de Laurent Mauvignier m’ont rappelé les bonnes raisons pour lesquelles je ne lis au final que si peu de littérature française (parisienne?) contemporaine.

Le but de ce blog n’est pas d’écrire sur chaque livre lu et les organisateurs du prix ne nous on en aucun cas obligé à le faire. J’ai donc écrit lorsque j’avais des choses à dire, tout simplement, notamment sur l’éblouissant Petit Pays et le très ridicule Continuer.

Mais s’il fallait quand même résumer chaque livre par une phrase  cela serait celles-ci:

Petit Pays: « Je n’ai pas quitté le pays, je l’ai fui. J’ai laissé la porte grande ouverte derrière moi et je suis parti, sans me retourner. »

L’autre qu’on adorait: « Tu sais, Catherine, les gens ont quand même une vie intérieure« 

14 Juillet: « Il faut se figurer une foule qui est une ville, une ville qui est un peuple« 

Continuer: « We could be heroes, just for one day« 

La succession: « Je regrette de ne pas avoir su trouver ma place« 

Je suis contente que Gaël Faye ait gagné, non seulement parce que j’ai adoré son écriture sur un thème qui me parlait mais aussi parce que son roman touche à des problématiques tellement contemporaines qu’elles nous rattrapent comme des fantômes…

Continuer

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Quand j’ai refermé « Continuer » de Laurent Mauvignier, lu dans le cadre du Prix du roman des étudiants France Culture- Télérama, je me suis sentie très seule. « Un livre galopant », « Epoustouflant », étaient quelques-uns des mots, lus ici ou là, utilisés pour le décrire. Est-ce que je suis la seule à ne pas l’avoir aimé ? A avoir trouvé sa lecture certes rapide et fluide mais vide et, au final, désagréable?

« Continuer » raconte le voyage, tant physique qu’intérieur, d’une mère désillusionnée et de son fils à la dérive au Kirghizistan. Dans ce pays où l’on se déplace autant à cheval qu’en voiture ils partent, pour un temps indéfini, vagabonder dans les plaines et montagnes souvent hostiles en dormant dans des yourtes ou chez l’habitant.

Bon, déjà, je trouvait ce « pitch » hyper-mièvre, j’avais peur du livre teinté d’exotisme  écrit par un parisien bobo dans lequel les personnages partent « à l’autre bout du monde » pour « se retrouver ». Mais après tout je n’avais jamais lu Laurent Mauvignier et les retours très positifs devaient être justifiés. J’ai par ailleurs adoré Petit Pays, gros succès de cette rentrée littéraire.

Et bien non. De la première à la dernière page j’ai trouvé que l’auteur en faisait des tonnes, que cela soit dans les descriptions lyriques d’un pays où il n’a jamais mis les pieds que dans le portraits de ses habitants, qu’il n’a jamais rencontré. Ses détails sur la culture kirghize, certes pas inintéressants, sentent beaucoup trop le Wikipédia et le Guide du Routard à mon goût.

La psychologie des personnages et leur personnalité sont également beaucoup trop manichéennes et caricaturales, notamment la figure du père, avec lequel Laurent Mauvignier en fait des tonnes dans le genre pauvre type. Pas très fin et pas très réaliste. Le personnage de Samuel est plus en finesse et l’on découvre Sibylle tout au long du roman mais cela n’a pas suffit à compenser, à mes yeux, le côté prévisible et caricatural de leurs péripéties.

Si je devais faire une phrase sur ce roman je dirais que j’ai eu l’impression de lire le script de la prochaine série de l’été de France 2. Trop mièvre, trop prévisible, trop caricatural.