Disgrâce

coetzee

Cela commence comme une histoire banale: un universitaire presqu’à la retraite, deux fois divorcé, ancien beau ayant du mal à vieillir, s’amourache de l’une de ses jeunes étudiantes. Pitch vieux comme le monde, auquel J.M. Coetzee donne une dimension d’une profondeur tout autre que ce que nous aurions bien voulu croire.

L’étudiante en question finit en effet par accuser son prof d’harcèlement sexuel. Contraint de démissionner, il se réfugie chez sa fille, installée dans une ferme près du Cap. Et oui, tout cela se passe en Afrique du Sud, pays d’origine et d’écriture de Coetzee.

J’avais lu Michael K., sa vie, son temps il y a des années, dans le cadre de mon TPE (mais si, rappelez-vous…) et j’avais déjà été marquée par l’écriture dépouillée, objective et très, très efficace de l’auteur.

L’on peut lire ce livre en « première lecture », en n’occultant ou en ne comprenant pas bien toutes les métaphores mises en place au fil de la narration. C’est ce que j’ai fait dans la première partie du roman parce que, je l’avoue, je n’avais pas tout capté. Cela reste fluide à lire, haletant, sec, angoissant parfois. Cela prend aux tripes dans tous les cas.

Et puis il y a tout ce que Coetzee n’écrit pas, mais qu’il crie presque par  les sous-entendus mis en place au fil du roman, comme les pièces d’un puzzle.

L’histoire de l’Afrique du Sud post-apartheid, un pays où le pouvoir se renverse, où les bourreaux d’hier sont les victimes de demain, où la peur et l’humiliation ne sont plus tout à fait dans le même camp. Le corps des femmes, lui, est le seul dénominateur commun à ces deux mondes. Les hommes s’affrontent, se défient et la féminité reste, hier comme aujourd’hui, le lieu de l’expression de leur pouvoir, une entité à forcer, humilier, dominer pour pouvoir s’affirmer; que ce soit par la violence psychologique ou physique. Les hommes, au final, ne sont que des animaux. Les chiens sont d’ailleurs l’un des thèmes centraux du roman.

Ville/ Campagne, hommes/femmes, noirs/blancs, animaux/ Hommes, réalité/ fiction…Beaucoup de dualité et d’opposition dans ce roman qui raconte, via une narration sèche et haletante, la disgrâce d’un ordre qui se pensait invincible.

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