Fous de l’Inde- délires d’Occidentaux et sentiment océanique

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L’Inde rend-t-elle fou, ou les fous vont-ils en Inde?

C’est en partant de cette interrogation un peu caricaturale que Régis Airault, psychiatre ayant exercé au consulat de Bombay, analyse le rapport des voyageurs occidentaux avec ce pays sans limite.

D’émotions esthétiques intenses à l’angoisse du vide, Régis Airault aborde tout d’abord les voyages pathologiques, où le pays est un support à des névroses déjà existantes ; puis les voyages pathogènes, où le pays fait naître des crises graves, impressionnantes et parfois longues, qui disparaissent quasi immédiatement au retour en France.

Les exemples très concrets, les nombreux témoignages et la langue simple utilisée par l’auteur permettent à ce livre de vulgarisation efficace de se lire rapidement et de manière fluide. Cela dit, il ne faut pas nécessairement « être fou » pour partir en Inde, et le livre occulte les milliers de voyageurs y partant tous les ans et pour qui tout se passe bien sur le plan psychologique. Mais après tout, c’est un livre qui lève le voile avec beaucoup de justesse sur un phénomène très peu abordé et pourtant toujours autant d’actualité.

De manière plus générale, il nous éclaire sur le quotidien d’un soignant psychiatrique travaillant en toute indépendance et avec les moyens du bord dans un pays compliqué à aborder et très exotique. Toutes les étapes de la prise en charge des patients sont décrites, avec parfois des échecs ou au contraire des réussites impressionnantes.

La troisième et dernière partie est une interrogation plus générale sur ce qui nous pousse à partir en voyage, à aller dans des pays toujours plus éloignés de notre culture, tels que l’Inde. Pourquoi cette prise de risque? Pourquoi part-on en Inde? Pourquoi part-on ? M’étant moi-même posé ces questions, cette partie est celle que j’ai trouvé la plus instructive. Le retour à l’enfance y est évoqué, ainsi que le « sentiment océanique », sentiment indescriptible, subjectif, régressif et violent de sortir de la Caverne et de faire corps avec le « Tout » universel.

L’Inde, en étant plus tolérant à ce que nous appelons « la folie », et en réveillant en nous, Occidentaux, des sentiments liés à l’enfance, nous attire irrésisitblement ou nous angoisse atrocement. Très souvent, elle créée un sentiment de dépendance qui survivra longtemps et nous poussera à nous y rendre à nouveau.

Il est toujours bon de creuser en soi et de s’interroger sur soi-même. Cet ouvrage nous incite à le faire. Il m’a ainsi amené à considérer mes comportements, mes émotions et mes passions ainsi que ceux des autres sous un angle un peu plus psychologique et moins « terre à terre » qu’avant. Je me suis rendue compte qu’il était nécessaire, très instructif et au final assez agréable de prendre du recul sur ses choix et ses émotions.

De l’exploration géographique à l’exploration intérieure, des rivages de l’océan à nos propres limites et à notre folie, le voyage, et particulièrement le voyage en Inde, est un ailleurs qui nous ramène à l’enfance et à nos origines; un dépaysement total qui agit comme un rite initiatique. Bons voyages…

 

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