Déicide, ou la liberté

Religion

 

«Pour peu que tu naisses de ce côté-ci de la frontière ou de celui-là, tu seras hindouiste, bouddhiste, musulman. Catholique à Rome ou Dublin, luthérien à Münster, calviniste à Genève, musulman à Alger, Ryad ou Istanbul, et juif peut-être à New York ou Jérusalem.»

Lu dans le cadre de la Masse Critique Babelio Déicide, ou la liberté est la suite du premier conte philosophique de Thierry Hoquet, Sexus Nullus.

Alors que sa popularité est au plus haut, à la veille du second tour des élections présidentielles, Ulysse Riveneuve, le candidat qui promettait de ne plus mentionner le sexe à l’état civil, disparaît sans laisse de traces. Son enlèvement est revendiqué par un mystérieux « Front oecuménique du Salut », qui voyait en Ulysse Riveneuve une menace à l’ordre établi et à la loi divine.

Sa compagne Karine Dubois, d’abord atterrée par la nouvelle et par les réactions fusant de toutes part, décide en réaction de « reprendre le flambeau » du combat d’Ulysse en militant pour le déicide, c’est à dire la disparition totale du fait religieux dans l’espace public.

S’ensuivent alors une série de péripéties plus ou moins réalistes et drôles, ponctuées de tirades d’arguments pour ou contre le déicide proférées par Dubois et par ses adversaires politiques. Le paysage politique français contemporain est à peine voilé sous des noms d’emprunts, et il est vraiment aisé de deviner sur quels protagonistes Thierry Hoquet tire à boulets rouges. Et pour cause, tout le monde en prend pour son grade dans cet essai sur la religion en forme de conte philosophique.

En posant un idéal volontairement extrême, intenable et inatteignable l’auteur s’engage dans un débat d’idées sur la religion dans l’espace public, la laïcité à la française et l’extrémisme religieux et politique. En égratignant, au passage, toute la classe politique française, les médias et le peuple.

Sur le principe, je pense qu’il faut aborder Déicide comme un essai sur la religion dans l’espace public, une matière à réflexion, un cours de philo en quelque sorte (l’auteur enseigne d’ailleurs cette discipline).

Mais là où Sexus Nullus était court, percutant et pertinent Déicide, ou la liberté est long, trop bavard et dispersé. Les seules figures que j’ai trouvé intéressantes sont des personnages très secondaires: Asmus, le geôlier d’Ulysse Riveneuve, et Jacqueline Hallier, la vieille amie juive de Karine Dubois.  Là où Sexus Nullus faisait mouche par sa modernité et la pertinence de sa thèse, développée dans plusieurs domaines, j’ai vraiment trouvé que Déicide se perdait dans le puit sans fond de la religion, même si la réflexion sur le sujet n’est jamais inintéressante. Les tirades répétées des uns et des autres, la virulence exagérée des personnages principaux (Karine Dubois en tête) a rendu ma lecture assez désagréable, et la thèse première du livre se perd et devient peu convaincante.

 

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