Le silence même n’est plus à toi

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Entre-apercu dans la librairie de mon quartier, je me suis procurée ce livre sur un coup de tête. Je ne connaissais Asli Erdogan que de nom, c’est une figure reconnue depuis des années en Turquie pour la qualité de sa plume.

« Si nous ne sommes mêmes plus capables de pousser ni d’entendre un seul cri…Si même ce silence n’est plus à nous…« 

Le fait que je découvre Asli Erdogan en France, que j’achète l’un de ses livres dans une librairie parisienne alors que j’aurais eu mille occasions de me procurer ses écrits en Turquie me font me rendre compte de la situation actuelle du pays. L’on pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres, jusqu’au jours où une âme clairvoyante a le courage et le réalisme de dénoncer les crimes d’un pays aimé que l’on a quitté.

« Je suis dans l’un des angles morts du destin« 

Il m’a été très dur de supporter la lecture de ce livre, même si elle est absolument nécessaire. La scène d’ouverture, dans les rues d’Istanbul le soir du 15 juillet 2016, m’a plongé dans l’effroi. Il est très difficile de ne pas refermer un livre qui vous met face à la réalité la plus crue quant aux événements passés. Un livre qui parle d’endroits et de rues que vous pouvez visualisez, que vous connaissez intimement, qui sont pour vous ceux du bonheur et de la joie et qui deviennent théâtre de la guerre, de la mort et de la violence.

« Se souvenir que démocratie, liberté et égalité, surtout en ces jours de carnage, ne sont pas que des concepts, ni des mots dont le sens se serait effrité.« 

Femme, auteur, écrivain, physicienne, Asli Erdogan est avant tout engagée. Ce court  recueil regroupe les chroniques  rédigées dans le journal de gauche pro-kurde Özgür Gündem, qui lui ont valu la prison durant de long mois et qui la mettent aujourd’hui encore dans l’attente d’un procès. Y ait donc fait référence à des grands événements ayant secoué la Turquie ces dernières années: les civils morts à Gezi, le meurtre d’Özgecan Aslan, l’assassinat de Hrant Dink, les polémiques du président Erdogan au sujet des femmes, le nettoyage du Sud-Est de la Turquie à majorité kurde par l’armée en décembre 2016…Autant d’éléments qui peuvent paraître abstraits et éloignés au lecteur français pas forcément au fait de tous les soubresauts de la vie publique turque, qui ne s’arrête jamais.

« En soi, la littérature est un effort de confrontation et de conciliation. Mais lorsque la violence bat son plein, quelle conciliation est encore possible?« 

Cependant, pas besoin d’être un expert pour apprécier la plume poétique d’Asli Erdogan, sa rage d’engagement et sa détermination à continuer à dénoncer, quoi qu’il en coûte, les inégalités et les crimes. Cette capacité à continuer à se battre et à se lever contre tous les obstacles est particulièrement admirable dans un pays où beaucoup ont courbé l’échine, perdu espoir ou se sont résignés.

« La liberté est un mot qui refuse de se taire« 

 

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