Le Testament de Marie

Orijinal görseli göster

« Ils sont deux à la surveiller, à l’interroger pour lui faire dire ce qu’elle n’a pas vu. Ils dressent de son fils un portrait dans lequel elle ne le reconnaît pas, et veulent bâtir autour de sa crucifixion une légende qu’elle refuse. Seule, elle tente de s’opposer au mythe que les anciens compagnons de son fils sont en train de forger. »

De la naissance de son fils à son départ pour Jérusalem, du miracle de Lazare aux noces de Cana et jusqu’à la crucifixion finale l’auteur conte, dans ce court roman, l’histoire de Jésus par le regard de sa mère, Marie, qui attend la mort cachée dans sa dernière demeure à Ephèse (actuelle Turquie).

L’écriture dépouillée de Colm Toibin, écrivain irlandais reconnu, nous fait deviner en filigrane les événements rapportés dans la Bible. Mais c’est une toute autre version qui nous est livrée ici, une version dominée par la distance entre Jésus et Marie, l’incompréhension de cette dernière face à un fils rassemblant un groupe d’ « égarés » et de « bègues », la lâcheté et la trahison des voisins et de la famille, l’injustice d’un sacrifice, la peur et la fuite.

Les Apôtres sont dépeints comme des fanatiques voulant faire dire à Marie ce qu’elle n’a jamais dit. La lâcheté du pouvoir politique en place, l’horreur de la crucifixion et la souffrance d’une mère de voir son fils sacrifié sur la croix sont racontés d’une façon dépouillée et particulièrement sensible, dans une écriture où dominent le silence et la lumière. Un roman prenant et bouleversant qui nous invite à repenser notre regard sur les grands événements tels qu’ils nous sont contés.

Publicités

Continuer

kirghizistan

Quand j’ai refermé « Continuer » de Laurent Mauvignier, lu dans le cadre du Prix du roman des étudiants France Culture- Télérama, je me suis sentie très seule. « Un livre galopant », « Epoustouflant », étaient quelques-uns des mots, lus ici ou là, utilisés pour le décrire. Est-ce que je suis la seule à ne pas l’avoir aimé ? A avoir trouvé sa lecture certes rapide et fluide mais vide et, au final, désagréable?

« Continuer » raconte le voyage, tant physique qu’intérieur, d’une mère désillusionnée et de son fils à la dérive au Kirghizistan. Dans ce pays où l’on se déplace autant à cheval qu’en voiture ils partent, pour un temps indéfini, vagabonder dans les plaines et montagnes souvent hostiles en dormant dans des yourtes ou chez l’habitant.

Bon, déjà, je trouvait ce « pitch » hyper-mièvre, j’avais peur du livre teinté d’exotisme  écrit par un parisien bobo dans lequel les personnages partent « à l’autre bout du monde » pour « se retrouver ». Mais après tout je n’avais jamais lu Laurent Mauvignier et les retours très positifs devaient être justifiés. J’ai par ailleurs adoré Petit Pays, gros succès de cette rentrée littéraire.

Et bien non. De la première à la dernière page j’ai trouvé que l’auteur en faisait des tonnes, que cela soit dans les descriptions lyriques d’un pays où il n’a jamais mis les pieds que dans le portraits de ses habitants, qu’il n’a jamais rencontré. Ses détails sur la culture kirghize, certes pas inintéressants, sentent beaucoup trop le Wikipédia et le Guide du Routard à mon goût.

La psychologie des personnages et leur personnalité sont également beaucoup trop manichéennes et caricaturales, notamment la figure du père, avec lequel Laurent Mauvignier en fait des tonnes dans le genre pauvre type. Pas très fin et pas très réaliste. Le personnage de Samuel est plus en finesse et l’on découvre Sibylle tout au long du roman mais cela n’a pas suffit à compenser, à mes yeux, le côté prévisible et caricatural de leurs péripéties.

Si je devais faire une phrase sur ce roman je dirais que j’ai eu l’impression de lire le script de la prochaine série de l’été de France 2. Trop mièvre, trop prévisible, trop caricatural.