Incident Voyageurs

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Vous êtes-vous déjà imaginé ce qu’il se passerait si votre train/métro/RER restait bloqué dans un tunnel?

Rentrée rime (plus ou moins) avec « littéraire », qui lui-même rime avec « RER » et je ne pense pas que cela soit une coïncidence. A l’heure où chacun reprend le chemin du boulot/ de l’école (certains, comme moi, ne l’ont jamais quitté mais c’est un autre sujet) le roman de Dalibor Frioux « Incident voyageurs » va vous faire réfléchir sur vos trajets quotidiens.

Le pitch est pourtant aussi simple que celui d’un film catastrophe américain:à une époque indéterminée (notre futur proche?), un wagon bondé du RER A, la ligne la plus empruntée d’Europe, est à l’arrêt dans un tunnel depuis des années (2 ans? 4 ans?) A son bord, les deux mille voyageurs du train EMOI, constitué d’une rame « d’un seul tenant » comme s’en vantent la RATP et SNCF, sont coincés aux portes de Paris, oubliés.

Sous les néons aveuglants du RER les batteries se sont déchargées, les portables éteints, les tabous brisés, les groupes organisés, la cruauté révélée. Le lecteur suit les monologues intérieurs d’Anna, mère célibataire d’un enfant autiste; de Vincent, cadre travaillant dans le secteur de la culture et atterrit presque par hasard dans cette rame maudite; et de Kevin, chômeur en fin de droits persuadé d’être mis à l’épreuve par le « Pôle », chargé de lui trouver une « occupation ».

Car à travers ces témoignages nous découvrons la société du futur telle que Dalibor Frioux la conçoit: surpopulation, système capitaliste agressif ayant accentué les différences de classes sociales et chômage monstre donnant lieu à des méthodes de « retour à l’occupation » non moins monstrueuses. La survie et l’organisation au sein de la rame nous sont également racontées. Ces passages sont d’ailleurs les plus crus, âmes sensibles s’abstenir.

L’auteur nous livre un point de vue résolument pessimiste et acerbe sur la nature humaine. On peut trouver cela trop exagéré et défaitiste mais, à voyager dans les rames de RER après la lecture de ce livre, peut-on vraiment contredire cette opinion?

Par la promiscuité et les conditions de voyage presque dégradantes qu’ils nous imposent, par leur imprévisibilité aussi, les transports en commun réveillent en nous un sentiment d’urgence et des réflexes de survie quasi bestiaux révélant nos vrais visages. Telle est selon moi la leçon à retenir de ce romain, qui ne vous fera plus jamais prendre les transports comme avant.

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