Dans la peau d’une djihadiste

Afficher l'image d'origine

Au coeur de l’été, je ne pensais pas écrire cette critique avant fin août voire début septembre, ne trouvant pas le sujet du livre particulièrement réjouissant ni approprié aux vacances, bien méritées après l’année qui vient de s’écouler.

Malheureusement, l’actualité m’a rappelé qu’il n’a jamais été aussi important de lire ce genre de témoignage, afin de mieux comprendre les mécanismes de radicalisation et de recrutement des organisations terroristes qui frappent sur notre sol.

Journaliste d’investigation spécialisée dans la propagande et le djihad numériques, Anna Erelle (nom d’emprunt) s’est glissée dans la peau de son double numérique factice: Mélodie.

Jeune, nouvellement convertie à l’Islam, perdue, naïve, esseulée, peu éduquée et sans repères familiaux, la jeune fille est repérée presque par hasard sur Facebook par un certain Bilel, chef français d’une brigade de l’Etat Islamique. Ce-dernier engage tout de suite la conversation en lui demandant de le rejoindre à Raqqua, fief de l’organisation terroriste, pour faire son djihad.

Commence alors pour Mélodie/ Anna une relation numérique par Skype d’un mois où l’ « emir » de l’EL récite un discours de propagande extrêmement bien huilé, profite de la faiblesse psychologique de la jeune fille pour purement et simplement lui laver le cerveau et n’oublie pas de la demander en mariage dans la foulée.  Changeant de sujets avec une facilité inhumaine (des têtes coupées à la lingerie fine), Bilel ne se doute pas que, cachée derrière son voile, se trouve en réalité une pigiste parisienne de 30 ans bien déterminée à obtenir des informations à la source concernant l’organisation et ses méthodes de recrutement.

Ce livre se lit comme un thriller, à la différence près qu’il ne s’agit pas de fiction et que les conséquences finales de ces embrigadements et lavages de cerveaux sont malheureusement bien réelles. Il incite également à approfondir le sujet, d’une manière peut-être plus théorique.

Car il s’agit bien d’un témoignage avant-tout, celui d’une journaliste prête à tout pour aller au bout de son sujet et faire éclater la vérité. Dépassant les limites, son enquête l’amène au bout d’elle-même, jusqu’au dénouement final qui laisse sans voix, jusqu’aux menaces pesant encore aujourd’hui sur elle, jusqu’à l’incompréhension totale de ses proches. Faut-il aller jusque là pour une enquête? Oui, car elle nous est, plus que jamais, indispensable.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s