Fukushima, Récit d’un désastre

Tsunami_by_hokusai_19th_century

Français expatrié au Japon,professeur de littérature à Tokyo, Michaël Ferrier est un expat de longue date qui raconte dans ce récit autobiographique le séisme du 11 mars, le tsunami et la catastrophe nucléaire qui s’en ait suivi.

La première partie du livre décrit très bien le tremblement de terre de magnitude 9 qui a secoué le pays. Le style à la fois factuel et poétique nous dépeint le bruit sourd du tremblement de terre, qui s’accompagne d’un « tremblement du temps », toute notion de haut, de bas et d’heure étant perdue. Le monde qui chancelle, la guerre des secousses qui s’étaleront jusqu’au 8 juin, l’inquiétude des Japonais, les alertes  à la télé et les messages des proches alarmés nous sont tellement bien décrits qu’on ne peut plus s’arrêter de lire. Ayant vécu pendant 3 ans dans une ville menacée, encore aujourd’hui, par un puissant tremblement de terre, j’ai dévoré ces descriptions.

Récits sauvés des eaux, la deuxième partie du roman, nous conte le périple de Michaël Ferrier et de sa compagne hispano-japonaise partis aider les populations sinistrées de Fukushima après le séisme. Le récit du Français, qui décrit les paysages dévastés, les camps de fortune abritant les rescapés et les corps qui jonchent les routes, est saisissant. Plus saisissant est encore le détail de ces responsables japonais dépassés, augmentant à l’envi les doses maximales d’exposition radioactive, censurant toute image et information concernant les centrales et élaborant de vastes opérations de communication pour minimiser l’impact de la catastrophe et faire croire que la vie après Fukushima peut être une vie « normale ».

C’est d’ailleurs sur ce point que se concentre la dernière partie du livre, La demie-vie, mode d’emploi. En prenant en compte l’ampleur de la catastrophe et la durée de vie des matériaux radioactifs il est impossible de penser Fukushima comme une catastrophe passée et belle et bien finie. Au contraire, pour l’auteur 2011 est « l’année 0 » à partir de laquelle commence la « demie-vie », celle du mensonge sur les conséquences du nucléaire, incolore, inodore, invisible et pourtant terriblement dévastateur. La « demie-vie »,celle que les partisans du nucléaire veulent nous faire vivre, celle qui normalise les conséquences de catastrophes aussi anormales que Fukushima, une errance entre la vie et la survie.

Bien sûr, je ne saurais que trop conseiller ce livre. Je ne suis pas particulièrement passionnée par le Japon mais il a le mérite de nous faire découvrir une culture, de nous faire vivre un événement de portée internationale à travers un regard individuel et de nous ouvrir les yeux sur la réalité du nucléaire, loin des discours parfois caricaturaux sur le sujet.

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