Les rues de Barcelone

249

Je ne suis habituellement pas une grande fan des romans policiers et mis à part la plume de maître d’Aghata Christie il est rare que j’en lise. Ce roman est arrivé par hasard entre mes mains et je n’avais pas de grandes attentes littéraires en le commençant, juste l’envie de passer un bon moment et de me divertir. Et effectivement, l’intrigue est plutôt prenante et je l’ai lu à la vitesse de l’éclair.

Plus que la résolution d’un double crime dans des conditions mystérieuses, le livre nous plonge dans l’atmosphère du vieux Barcelone, celui que l’on ne visite pas lorsque l’on y vient en touriste. Coincé entre la colline de Montjuich et le quartier classieux du Cinquième District, Pueblo Seco est le lieu des ruelles portant toutes des noms de poètes espagnols et catalans, le lieux des hôtels de passe et des troquets malodorants. Pas encore défiguré par la spéculation, le quartier est un monde à lui seul, qui semble s’être arrêté dans le temps. L’auteur, Francisco Gonzalez Ledesma, né, grandi et mort récemment à Barcelone, est un enfant du quartier, de ceux qui ne se sont jamais résolus à oublier leurs souvenirs d’enfance.

Malgré deux visites à Barcelone pourtant riches en découvertes et promenades je n’ai jamais eu l’occasion de traverser le Pueblo Seco, impossible donc de vérifier si l’auteur nous décrit un quartier fantasmé par ses souvenirs et expériences ou bien une réalité. Et peu importe finalement, il réussit à nous transporter dans ces ruelles malfamées où se croisent prostituées, travestis, petites frappes, bandits, arrivistes et peuple, et fait de Barcelone le personnage principal du roman.

On reconnaît dans le personnage de l’avocat Llor une pointe de Ledesma, lui-même juriste sous le franquisme avant de devenir journaliste. Enfant du quartier devenu avocat, Llor revient au Pueblo Seco pour enquêter sur le premier meurtre de l’intrigue. La première partie du roman se concentre sur lui, pour ensuite mieux nous mener au véritable « héro » de l’intrigue, l’inspecteur Mendez, figure phare et récurrente des oeuvres de Ledesma. Policier détesté par sa hiérarchie, cantonné au grade le plus bas de la police, désabusé, Mendez travaille avec une éthique douteuse héritée du franquisme et des méthodes interrogatoires plus proches de la menace et du chantage.

Au-delà de la sympathie qui émane du personnage de Mendez, au- delà de l’intrigue policière, je retiens surtout du roman un portrait de Barcelone original et nostalgique, ainsi qu’une peinture sociale et historique. Ledesma n’a jamais caché son ambition de décrire une réalité sociale au travers du roman noir, et l’on voit bien au fil de l’intrigue les disparités sociales et l’ambition dévorante qui anime certains.  Est aussi beaucoup évoquée la période franquiste et ses drames. Marqué par les années de dictature, journaliste sous le franquisme, Ledesma était devenu maître dans l’art de contourner la censure. Le passage somme toute récent de l’autoritarisme à la démocratie, les difficultés et les enjeux qui en découlent sont également évoqués et invitent le lecteur non initié à cette période (typiquement, moi) à des recherches historiques.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s