La maison du Bosphore

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Istanbul, 1980. L’histoire se déroule entre Yedikule, un des plus anciens et aujourd’hui des plus pauvres quartiers de la ville, et Bostanci, quartier plus cossu de la rive asiatique, sorti de terre pour engranger les populations issues des vagues d’exode rural. On suit les trajectoires de quatre adolescents turcs, Sema, Salih, Elif et Hassan, tous différents par leurs personnalités  et leurs rêves mais réunis par leur désir de liberté et d’affranchissement des conventions sociales et du poids politique, dans une Turquie des années 80 marquées par un coup d’état militaire et les très vives tensions entre nationalistes et communistes. Salih, apprenti menuisier, cherche à perpétuer son art, Sema se bat pour entrer à l’université, Hassan, musicien, aimerait partir découvrir le monde tandis qu’Elif s’engage dans la voie périlleuse de la politique en entrant dans la clandestinité.

Le livre suit le destin de ses quatre personnages et de leurs proches de 1980 à 1991, en se découpant en trois périodes: 1980-1984, 1986-1988 et 1988-1991.

Je ne connaissais Pınar Selek que de nom et j’étais très impatiente de lire son oeuvre la plus connue et l’un de ses seuls romans, la plupart de ses publications étant d’ordre sociologique.

Pınar Selek est née à Istanbul, y a grandi, a fréquenté un des lycées français de la ville avant d’étudier la sociologie jusqu’au niveau Master à Istanbul. Fille d’un avocat  qui a passé quatre ans et demi en prison suite au coup d’Etat de septembre 1980, ses travaux sociologiques portent sur les groupes opprimés. Elle a notamment travaillé sur les prostituées,  les transsexuels, les enfants de rue et les kurdes, autant de sujet qui fâchent beaucoup en Turquie, d’autant plus dans la Turquie des années 1980 et 1990. Pratiquant la méthode sociologique de l’observation longue durée en immersion, Pınar  acquiert une connaissance  presque intime des groupes minoritaires qu’elle étudie, et notamment  du groupe kurde, connaissance qui lui vaudra d’être arrêtée une première fois en 1998 et de subir la torture pour ne pas avoir voulu lever l’anonymat des répondants à ses enquêtes. Accusée par la suite d’avoir collaboré à une tentative d’ attentat dans le bazar aux épices d’Istanbul, elle est embarquée dans un imbroglio judiciaire toujours en court qui la contraint à l’exil en 2008. Elle vit depuis 2011, en France, à Strasbourg, où elle poursuit une thèse sur les mouvements d’émancipation en Turquie.

Avec le bagage politique et académique de l’ auteur je m’attendais à aimer, voire adorer ce livre, et je l’ai acheté sans hésiter et sans consulter aucun avis sur Internet ou autre. Et bien j’aurais dû, car le premier mot qui me vient à l’esprit en pensant à ce livre est « déception ». L’histoire se veut grouillante de personnages, un peu à la manière des fables orientales, sauf qu’ici le rendu est plutôt brouillon. La structuration en trois chapitres, pourquoi pas mais j’ai eu du mal à cerner, en lisant, l’intérêt du découpage. L’histoire avance très lentement au fil des 318 pages, la plume n’est pas assez belle pour que l’on s’accroche et, au final, on s’ennuie…J’ai trouvé que l’un de seuls intérêts du livre pour un lectorat étranger est le contexte du début du livre, à savoir le coup d’Etat de 1980 et les trois années de dictature militaires qui l’ont suivies, pendant lesquelles la torture et les arrestations fortuites étaient monnaie courante. L’opposition droite/gauche, nationalistes/ communistes qui frappe le monde entier à cette époque est d’autant plus prégnante en Turquie, où la terreur règne dans les rues et où la clandestinité et les assassinats de militants de gauche sont très fréquents. En ce sens mon parcours « préféré » est celui d’Elif, car l’auteur décrit bien les motivations qui poussent la jeune fille, son processus d’entrée dans la clandestinité et son mode de vie.

Pour finir, un livre tout de même sympathique qui se lit sans problème mais où vous risquez de vous ennuyer. C’est long, trop long et le message que l’auteur veut faire passer se dilue au fil des pages. ce n’est pas un horrible livre, mais pas un que je recommanderais non plus.

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