Une chambre à soi

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Je ne connaissais pas vraiment Virginia Woolf avant de lire cet essai, j’étais tombée un peu par hasard sur Mrs Dalloway, une de ses oeuvres les plus connues. La lecture du roman m’avait ennuyé à mourir et je crois me souvenir que je ne l’avait même pas fini. En bref j’étais plutôt réfractaire mais le sujet de cet essai m’a interpellé. Il est court (170 pages en poche) et sa lecture est agréable.

Virginia Woolf écrit en 1929 mais ce qu’elle soulève d’inégalités, de portes fermées et de manque de considération à l’égard des femmes est malheureusement toujours très d’actualité. Okay, plus d’interdiction d’aller à la bibliothèque accompagnée d’un « tuteur » mâle ni de s’inscrire à l’université, comme le raconte Woolf dans le livre. Mais c’ est encore tellement ancré dans notre culture, dans nos moeurs et habitudes, que dire qu’il n’y a plus d’inégalité est utopique. J’ai lu cet essai à une période où je sentais particulièrement le poids de cette injustice, de ce « deux poids deux mesures » et où j’avais presque naÏvement le besoin de comprendre pourquoi. Et Woolf nous apporte quelques éléments de réponse, des clés pour nous aider à y réfléchir, nous encourager à aller plus loin. On dira que cet essai est « féministe ». Je ne sais pas ce que veut dire ce mot exactement aujourd’hui, ce que je sais c’est que l’essai m’a aidé à répondre à certaines de mes interrogations.

Le livre se concentre sur les femmes et la littérature, vaste sujet s’il en est. Chargée de donner des conférences sur « Les femmes et le roman », la jeune romancière se demande ce qu’elle va bien pouvoir écrire, un peu comme tout le monde quand on commence un travail écrit. Sauf qu’elle en tire un essai brillant qui fera date (bon, on est tous différends einh…). Elle s’éloigne rapidement de tout les écrits réalisés par les hommes sur les femmes, qui dictent quoi penser et comment se comporter avec le « sexe faible ». Elle souligne l’importance de l’inégalité dans la construction de la confiance en soi masculine, elle prend Austen et BrontË en exemple, qui on écrit des classiques de la littérature sur de petites feuilles cachées par du papier buvard dans leur salon. Elle invente une soeur à Shakespeare, et compare son parcours à celui de son frère, à capacité égale.

Enfin, elle en conclut qu’écrire nécessite la liberté et la paix. Il faut s’affranchir de son sexe, des obligations sociales (avoir une chambre à soi où s’enfermer pour se concentrer) et une source de revenus qui ne dépende pas d’un quelconque individu. Alors oui, dis comme ça cela paraît un peu utopique, mais Woolf veut insister sur le lien entre liberté matérielle et liberté intellectuelle. Elle est la première à y voir une vraie corrélation, et elle ouvre la voie  à des femmes conscientes de leur condition et prêtes à lutter pour la changer.

Je n’ai plus lu de Woolf après cet essai, pas même son roman le plus connu, Les Heures (adapté au cinéma sous le titre The Hours), dont on dit qu’il est brillant. Je n’en doute pas, mais lire un essai n’est pas lire un roman, et j’avais tellement peu adhéré à son style dans Mrs Dalloway que je ne pense pas retenter. Quoi qu’il en soit je pense que cet essai se doit d’être dans toute bonne bibliothèque, il fait réfléchir à nos conditions de femmes et prépare le terrain pour d’autres oeuvres « féministes » plus ardues type Simone de Beauvoir 😀

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