L’amant

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Il est toujours très très difficile de parler de manière subjective de nos livres préférés. Je suis de ceux qui pensent que c’est même impossible. Quand un roman vous transporte jusqu’à vous transpercer le coeur, comment après arriver à en discuter avec du recul?

L’Amant, de Marguerite Duras, c’est peut-être le seul livre dont je ne peux pas parler, justement parce que c’est celui qui me touche le plus. Et pourtant je ressens souvent le besoin d’en discuter, d’en dire quelque chose, mais cela m’est tout simplement impossible, du moins très difficile. Dans ce post, j’aimerais juste en parler d’une manière évasive, pour vous donner envie de le lire ou de le relire. Mais je ne peux pas en faire plus.

J’ai ouvert ce livre par hasard, il traînait dans les bibliothèques de mes parents, j’avais 16 ou 17 ans, je m’ennuyais. J’ai tout de suite aimé l’histoire. Rédigé à la première personne, on se laisse porter par celle que l’on s’imagine être la jeune Marguerite Duras (mais cela n’est jamais clairement dit). Elle conte le récit comme on lirait une histoire pour enfant, comme si l’action s’était déroulée dans un passé incertain, que l’on ne peut dater. Elle raconte l’histoire d’une adolescente française dans le Vietnam d’aujourd’hui (l’Indochine d’hier). Elle raconte sa traversée du Mekong en bac, et sa rencontre avec un jeune chinois, sur le bateau en même temps qu’elle. C’est le début d’une histoire amoureuse, sensuelle, passionnée et interdite. Une histoire qui ne finira jamais vraiment.

Je ne saurais pas exactement dire ce qui m’a plu dans ce livre. En y réfléchissant, après relecture du roman, je pense que j’ai aimé l’exotisme du Mekong et de Saïgon, les difficultés familiales que vit la narratrice, l’attraction presque magnétique d’un couple qui se sait impossible, perdu, mais qui ne peut s’empêcher d’aimer.

Ou peut-être l’écriture de Marguerite Duras. Bien avant même de la lire j’étais amatrice de ce style d’écriture dépouillée, sobre et au final beaucoup plus émotionnel que des phrases interminables. On m’a dit que le style de Duras était trop pédant, dépressif, qu’elle ne parlait que de choses tristes. Mais j’ai abordé ce roman sans aucun préjugé et cela a peut-être été ma force, de le lire seulement avec le coeur et non avec la tête.

Je relis souvent L’Amant, environs une fois par an, moi qui ne relis jamais mes livres. Il a tout de suite eu sa place dans mon Panthéon, et je peux dire que jusqu’à maintenant aucun autre livre ne m’a autant touché. Le relire, c’est toujours pour moi me faire transporter par une vague d’émotions. C’est à la limite de ne pas pouvoir le lire, de ne pas être « normale » en le lisant.

Quand j’ai appris qu’un film avait été tourné à partir du roman, je me suis dit que c’était quitte ou double. J’ai quand même pris le risque de le voir, et je n’ai pas été déçue. Ce qui est bien avec Marguerite Duras, c’est qu’elle ne s’est pas cantonnée aux romans. Elle a fait des pièces de théâtre, des nouvelles, des films aussi, donc. Pour L’Amant de Jean-Jacques Annaud, elle n’a pas hésité à s’en mêler, à travailler avec Annaud et à, je pense, être intraitable sur la retranscription du roman. Et elle a eu raison car le film est plutôt réussi, on retrouve une belle atmosphère, de beaux acteurs, des décors et costumes magnifiques, accompagnés d’extraits du livre.

Bien sûr, en refermant ce livre, j’ai lu tout ce que la bibliothèque de mes parents contenait de Duras. J’ai cherché, acheté, emprunté Duras. J’ai aimé des choses, d’autres moins. Je me suis parfois ennuyée, j’ai parfois été transportée. L’Amant restera son chef- d’oeuvre. L’Amant de la Chine du Nord , sorte d’ « Amant 2 », qui raconte en quelque sorte la suite de cet amour, m’a pas mal déçu. Quand on a énormément aimé une oeuvre, c’est toujours difficile de voir son auteur essayer de capitaliser sur le succès avec des sortes de suites médiocres.

J’espère qu’un roman ou n’importe quelle oeuvre artistique vous touchera comme ce livre m’a touché.

Pour vous inspirer voici une liste non-exhaustive (je n’ai pas totalement TOUT lu de Duras non plus :)) de romans, essais, pièces de théâtre, films etc de Marguerite Duras qui valent à mon sens d’être explorés:

L’Amant, et le film éponyme de Jean-Jacques Annaud, donc 🙂

La vie matérielle

La maladie de la mort

M.D, de Yann Andréa

Un barrage contre le Pacifique

Le vice-consul

Le marin de Gibraltar

Hiroshima mon amour (film)

India Song

La Douleur

Moderato cantabile

Ceux que j’ai moins aimé:

L’Amant de la Chine du Nord

Le ravissement de Lol V.Stein

Les petits chevaux de Tarquinia

Dix heures et demie du soir en été

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