Neandertal, mon frère

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Je ne suis pas particulièrement passionnée de Préhistoire, d’anthropologie ni de paléoanthrophologie (science étudiant l’évolution humaine), mais j’avoue que les premiers Hommes et leur mode de vie m’ont toujours intrigués et fascinés.

C’est donc par curiosité que j’ai ouvert « Neandertal, mon frère », qui retrace le mode de vie de l’Homme de Neandertal, avant et après l’apparition d’Homo Sapiens (en gros, nous). Curieusement, le livre se lit très bien, bien qu’il ne raconte rien de particulier. Il s’agit plutôt d’une description du mode de vie de Neandertal, espèce maintenant disparue mais présente il y a des milliers d’année dans toute l’Eurasie.

Le livre s’efforce de vulgariser les principales découvertes et connaissances en la matière en abordant toutes les facettes de la vie de Neandertal: l’habitat, la nourriture, la reproduction, les rituels religieux et funéraires…en ne pouvant élaborer, bien souvent, que des hypothèses, tant les pistes en la matière restent floues. L’on apprend à l’occasion que, loin d’être le gros rustre que l’on a souvent dépeint, Néandertal avait développé un mode de vie simple mais non moins élaboré, qui lui a notamment permis de survivre à six glaciations et de côtoyer Sapiens pendant des milliers d’années.

Je me suis surprise à me passionner pour le détail de la vie (ou plutôt de la survie) de Neandertal en Europe. Il faut dire que c’est un lointain ancêtre: les Sapiens européens (nous-mêmes, donc) portent tous encore en eux entre 2 à 4% de gènes néandertaliens. Nous sommes donc bien « frères » puisque, contrairement à ce que l’on a longtemps cru, Neandertal n’a pas « évolué » pour devenir Sapiens: les deux espèces ont progressivement « fusionnées » lorsque Sapiens est arrivé en force du continent africain avec des techniques plus développées et, surtout, un « esprit de conquête » que n’avait pas Néandertal. Les deux espèces se sont côtoyées et se sont reproduites ensemble pendant des milliers d’années, l’une apprenant de l’autre. Et ce jusqu’à la disparition des Néandertal, pour des raisons intrigantes qui sont détaillées dans le livre.

Un ouvrage très instructif donc, et relativement facile d’accès, à lire pour ceux qui veulent briller en société avec leur connaissance en paléoanthropologie / lire quelque chose d’original / s’intéressent aux premiers Hommes. Enfin, cela a le mérite de nous faire réfléchir sur notre conception de l’évolution, que l’on nous apprend à percevoir comme verticale et « ascendante » (le plus récent = le plus évolué), alors qu’elle est bien souvent horizontale, le plus récent étant le produit de tout un passé, pas nécessairement moins bien mais juste moins adapté à l’époque.

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Culottées, Tome 1

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Cadeau pour mon anniversaire, c’est par hasard que ce beau livre- objet m’est arrivé entre les mains. Pour moi Pénélope Bagieu rimait avec les soirées We are 90’s, le personnage de Pénélope Jolicoeur et son blog sur sa vie tout à fait fascinante.

C’était un plaisir de retrouver le trait de l’auteur et sa plume acerbe maniant si bien le second degré. Le stylo de Pénélope Bagieu file à 200 kilomètres heure, et il faut s’accrocher (peut-être un peu trop?) pour suivre ces 15 récits de femmes culottées qui n’en font qu’à leur tête. De la femme à barbe à la sirène (oui, oui), de la guerrière apache aux soeurs militantes et à la reine africaine, ce sont autant de portraits inspirants de femmes pour la plupart méconnues qui nous sont proposés. Personnellement, je n’en connaissais qu’une, Joséphine Baker, et seulement de nom.

Il est par contre préférable de ne pas enchaîner les portraits mais plutôt d’en lire quelques uns par ci par là, pour « digérer » le flux d’information contenue dans les planches de Pénélope Bagieu.

Malgré le plaisir à lire la BD et le choix très intéressant des personnages historiques, le côté très « tout va bien dans le meilleur des mondes » des portraits m’a parfois dérangé. J’imagine en effet que pour ces femmes tout n’a pas été aussi facile, fluide et limpide que dépeint dans le livre.  L’impression est trop souvent donnée qu’il leur a suffit un jour de se réveiller un beau matin décidées à prendre leur vie en main pour qu’une suite d’événements s’enchaîne sans jamais qu’elles n’hésitent, ne flanchent ou s’apitoient sur leur sort. Même si l’ouvrage a avant tout vocation à faire découvrir et appelle à des lectures plus approfondies, il aurait gagné selon moi à être plus long, de manière à être plus fidèle à ce qu’a réellement été la vie de ces femmes.

Déicide, ou la liberté

Religion

 

«Pour peu que tu naisses de ce côté-ci de la frontière ou de celui-là, tu seras hindouiste, bouddhiste, musulman. Catholique à Rome ou Dublin, luthérien à Münster, calviniste à Genève, musulman à Alger, Ryad ou Istanbul, et juif peut-être à New York ou Jérusalem.»

Lu dans le cadre de la Masse Critique Babelio Déicide, ou la liberté est la suite du premier conte philosophique de Thierry Hoquet, Sexus Nullus.

Alors que sa popularité est au plus haut, à la veille du second tour des élections présidentielles, Ulysse Riveneuve, le candidat qui promettait de ne plus mentionner le sexe à l’état civil, disparaît sans laisse de traces. Son enlèvement est revendiqué par un mystérieux « Front oecuménique du Salut », qui voyait en Ulysse Riveneuve une menace à l’ordre établi et à la loi divine.

Sa compagne Karine Dubois, d’abord atterrée par la nouvelle et par les réactions fusant de toutes part, décide en réaction de « reprendre le flambeau » du combat d’Ulysse en militant pour le déicide, c’est à dire la disparition totale du fait religieux dans l’espace public.

S’ensuivent alors une série de péripéties plus ou moins réalistes et drôles, ponctuées de tirades d’arguments pour ou contre le déicide proférées par Dubois et par ses adversaires politiques. Le paysage politique français contemporain est à peine voilé sous des noms d’emprunts, et il est vraiment aisé de deviner sur quels protagonistes Thierry Hoquet tire à boulets rouges. Et pour cause, tout le monde en prend pour son grade dans cet essai sur la religion en forme de conte philosophique.

En posant un idéal volontairement extrême, intenable et inatteignable l’auteur s’engage dans un débat d’idées sur la religion dans l’espace public, la laïcité à la française et l’extrémisme religieux et politique. En égratignant, au passage, toute la classe politique française, les médias et le peuple.

Sur le principe, je pense qu’il faut aborder Déicide comme un essai sur la religion dans l’espace public, une matière à réflexion, un cours de philo en quelque sorte (l’auteur enseigne d’ailleurs cette discipline).

Mais là où Sexus Nullus était court, percutant et pertinent Déicide, ou la liberté est long, trop bavard et dispersé. Les seules figures que j’ai trouvé intéressantes sont des personnages très secondaires: Asmus, le geôlier d’Ulysse Riveneuve, et Jacqueline Hallier, la vieille amie juive de Karine Dubois.  Là où Sexus Nullus faisait mouche par sa modernité et la pertinence de sa thèse, développée dans plusieurs domaines, j’ai vraiment trouvé que Déicide se perdait dans le puit sans fond de la religion, même si la réflexion sur le sujet n’est jamais inintéressante. Les tirades répétées des uns et des autres, la virulence exagérée des personnages principaux (Karine Dubois en tête) a rendu ma lecture assez désagréable, et la thèse première du livre se perd et devient peu convaincante.

 

Je peux très bien me passer de toi

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Je ne suis pas une grande amatrice de chick-lit, comme on dit, même si j’avoue que j’ai lu le premier Sophie Kinsella et que je ne suis pas contre un bon Bridget Jones parfois pour me changer les idées, mettre mes neurones en mode basse consommation et oublier un peu la « vraie vie ».

L’on peut même parfois avoir de bonnes surprises. C’est ce que je me suis dit en lisant les critiques de Je peux très bien me passer de toi: tout le monde encensait ce livre, c’était un livre « attachant » et « émouvant », « une intrigue fraîche et légère ». Je me suis donc motivée à l’acheter, moi qui achète rarement des livres, pour le lire durant un week-end. Et bien je n’aurais pas dû.

Il y a donc Chloé, 28 ans, qui enchaîne les aventures d’un soir car elle ne s’est toujours pas remise de sa rupture deux ans plus tôt, et qui rêve en secret d’écrire un roman. Il y a également Constance, à peu près le même âge mais aux opposés de Chloé, d’ailleurs son personnage est beaucoup trop caricatural pour être réaliste. Elles sont toutes les deux parisiennes, bien sûr, elles cherchent toutes les deux le grand amour, bien sûr, et elles vont bien sûr toutes les deux le trouver de la manière la plus inattendue qu’il soit hors de Paris.

Alors bien sûr c’est un roman bien écrit, d’un ton rythmé et enjoué. Lorsque l’on croit que l’intrigue s’essouffle, elle repart en fait de plus belle. Certains thèmes abordés sont originaux pour un roman de chick-lit: deuil, conflits familiaux, homosexualité…sont mis en avant d’une manière pertinente et qui réussit à contourner quelques clichés.

Mais cela n’a pas suffit à m’ embarquer assez pour être véritablement touchée par ce roman, dont l’intrigue est quand même téléphonée d’avance et les personnages bien trop caricaturaux pour que l’on s’y attache vraiment. Cette lecture est donc globalement une déception pour moi. La chick-lit n’est peut-être pas faîte pour moi finalement. A emprunter plutôt qu’à acheter!

Samarcande

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Homme de lettres, de sciences, de religion et de poésie, Omar Khayyam erre en incompris dans la Perse du XI ème siècle, de Nichapour à Samarcande, d’Ispahan à Baghdad. Resté caché et inconnu jusqu’à sa mort, le manuscrit des Robaïyat, son trésor de poésie et de philosophie, est d’abord conservé dans la ville- sanctuaire d’Alamut, berceau de la redoutable Secte des Assassins (ceux-là même qui ont inspiré la série des jeux vidéos), fondée par Hassan Sabbah, un contemporain de Kahyyam. Le manuscrit tombe dans l’oubli lors de l’invasion du territoire par les mongoles et refait surface en 1912 sur un bateau inssubmersible s’apprêtant à rallier l’Amérique: le Titanic.

Samarcande, c’est l’histoire de ce manuscrit. Qu’est-il arrivé? A-t-on retrouvé l’original? D’ailleurs, l’original existe-il?

Autant de question qui passionnent les spécialistes du sujet et qu’Amin Maalouf nous fait partager avec un talent de conteur exceptionnel. Relatant des faits historiques (seuls les personnages féminins de Djahane et de Chirine sont inventés), des histoires dans l’Histoire, l’écrivain libanais nous emporte dans une épopée qui va de la Perse ancienne où les sultans croisent les poètes et les courtisanes et où les complots sont rois, aux orientalistes du début du XXème siècle. En plus de nous instruire, ce roman est un véritable page turner tant on meurt d’envie de connaître la suite et tant l’écriture est plaisante.

Un seul petit bémol: la deuxième partie, qui met l’accent sur les orientalistes et sur le parcours d’un américain en Iran, est à mon goût beaucoup moins intéressante que la première, qui conte les parcours d’Omar Khayyam et d’Hassan Sabbah et que j’aurais aimé voir plus longue. Mais cela reste une très belle oeuvre, instructive et très bien écrite, qui s’achète pour 7 euros en Poche. Aucun regret de l’avoir fait sortir de ma PAL après l’y avoir fait poireauter pendant des mois!

Le silence même n’est plus à toi

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Entre-apercu dans la librairie de mon quartier, je me suis procurée ce livre sur un coup de tête. Je ne connaissais Asli Erdogan que de nom, c’est une figure reconnue depuis des années en Turquie pour la qualité de sa plume.

« Si nous ne sommes mêmes plus capables de pousser ni d’entendre un seul cri…Si même ce silence n’est plus à nous…« 

Le fait que je découvre Asli Erdogan en France, que j’achète l’un de ses livres dans une librairie parisienne alors que j’aurais eu mille occasions de me procurer ses écrits en Turquie me font me rendre compte de la situation actuelle du pays. L’on pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres, jusqu’au jours où une âme clairvoyante a le courage et le réalisme de dénoncer les crimes d’un pays aimé que l’on a quitté.

« Je suis dans l’un des angles morts du destin« 

Il m’a été très dur de supporter la lecture de ce livre, même si elle est absolument nécessaire. La scène d’ouverture, dans les rues d’Istanbul le soir du 15 juillet 2016, m’a plongé dans l’effroi. Il est très difficile de ne pas refermer un livre qui vous met face à la réalité la plus crue quant aux événements passés. Un livre qui parle d’endroits et de rues que vous pouvez visualisez, que vous connaissez intimement, qui sont pour vous ceux du bonheur et de la joie et qui deviennent théâtre de la guerre, de la mort et de la violence.

« Se souvenir que démocratie, liberté et égalité, surtout en ces jours de carnage, ne sont pas que des concepts, ni des mots dont le sens se serait effrité.« 

Femme, auteur, écrivain, physicienne, Asli Erdogan est avant tout engagée. Ce court  recueil regroupe les chroniques  rédigées dans le journal de gauche pro-kurde Özgür Gündem, qui lui ont valu la prison durant de long mois et qui la mettent aujourd’hui encore dans l’attente d’un procès. Y ait donc fait référence à des grands événements ayant secoué la Turquie ces dernières années: les civils morts à Gezi, le meurtre d’Özgecan Aslan, l’assassinat de Hrant Dink, les polémiques du président Erdogan au sujet des femmes, le nettoyage du Sud-Est de la Turquie à majorité kurde par l’armée en décembre 2016…Autant d’éléments qui peuvent paraître abstraits et éloignés au lecteur français pas forcément au fait de tous les soubresauts de la vie publique turque, qui ne s’arrête jamais.

« En soi, la littérature est un effort de confrontation et de conciliation. Mais lorsque la violence bat son plein, quelle conciliation est encore possible?« 

Cependant, pas besoin d’être un expert pour apprécier la plume poétique d’Asli Erdogan, sa rage d’engagement et sa détermination à continuer à dénoncer, quoi qu’il en coûte, les inégalités et les crimes. Cette capacité à continuer à se battre et à se lever contre tous les obstacles est particulièrement admirable dans un pays où beaucoup ont courbé l’échine, perdu espoir ou se sont résignés.

« La liberté est un mot qui refuse de se taire« 

 

Prix du Roman des étudiants France Culture- Télérama

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Lancé il y a quatre ans, avec le soutien du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, dans le but de « faire découvrir la littérature d’aujourd’hui aux jeunes d’aujourd’hui », le Prix du Roman des étudiants France Culture – Télérama propose à des étudiants-jurés d’élire leur lauréat au sein d’une sélection resserrée de cinq ouvrages, établie par les journalistes et producteurs des deux médias. 

Gaël Faye succède donc à Maylis de Kérangal (Réparer les vivants), Eric Reinhardt (L’amour et les forêts) et Olivier Bourdeaut (En attendant Bojangles). Outre l’auteur de Petit Pays, la sélection de cette année comprenait Catherine Cusset (L’Autre qu’on adorait), Jean-Paul Dubois (La Succession), Laurent Mauvignier (Continuer) et Eric Vuillart (14 juillet).

Et voilà, c’est terminé ! 1 mois et demi de lecture depuis que j’ai appris par un bref e-mail ma sélection en tant que jury du prix du roman des étudiants France Culture- Télérama.

Des pages et des pages lues et une rencontre avec Gaël Faye plus tard, je peux dire qu’il faut avoir un bon moral pour ne pas tomber en dépression à la lecture des romans de la sélection. Entre génocide, bipolarité, euthanasie, adolescents en crise, parents paumés, chutes d’une falaise au Kirghizistan, cadavre dans les rues sans oublier suicide, on peut dire que les livres choisis ne redonnent pas forcément le sourire. Les romans de Catherine Cusset, de Jean-Paul Debois et de Laurent Mauvignier m’ont rappelé les bonnes raisons pour lesquelles je ne lis au final que si peu de littérature française (parisienne?) contemporaine.

Le but de ce blog n’est pas d’écrire sur chaque livre lu et les organisateurs du prix ne nous on en aucun cas obligé à le faire. J’ai donc écrit lorsque j’avais des choses à dire, tout simplement, notamment sur l’éblouissant Petit Pays et le très ridicule Continuer.

Mais s’il fallait quand même résumer chaque livre par une phrase  cela serait celles-ci:

Petit Pays: « Je n’ai pas quitté le pays, je l’ai fui. J’ai laissé la porte grande ouverte derrière moi et je suis parti, sans me retourner. »

L’autre qu’on adorait: « Tu sais, Catherine, les gens ont quand même une vie intérieure« 

14 Juillet: « Il faut se figurer une foule qui est une ville, une ville qui est un peuple« 

Continuer: « We could be heroes, just for one day« 

La succession: « Je regrette de ne pas avoir su trouver ma place« 

Je suis contente que Gaël Faye ait gagné, non seulement parce que j’ai adoré son écriture sur un thème qui me parlait mais aussi parce que son roman touche à des problématiques tellement contemporaines qu’elles nous rattrapent comme des fantômes…

Le Testament de Marie

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« Ils sont deux à la surveiller, à l’interroger pour lui faire dire ce qu’elle n’a pas vu. Ils dressent de son fils un portrait dans lequel elle ne le reconnaît pas, et veulent bâtir autour de sa crucifixion une légende qu’elle refuse. Seule, elle tente de s’opposer au mythe que les anciens compagnons de son fils sont en train de forger. »

De la naissance de son fils à son départ pour Jérusalem, du miracle de Lazare aux noces de Cana et jusqu’à la crucifixion finale l’auteur conte, dans ce court roman, l’histoire de Jésus par le regard de sa mère, Marie, qui attend la mort cachée dans sa dernière demeure à Ephèse (actuelle Turquie).

L’écriture dépouillée de Colm Toibin, écrivain irlandais reconnu, nous fait deviner en filigrane les événements rapportés dans la Bible. Mais c’est une toute autre version qui nous est livrée ici, une version dominée par la distance entre Jésus et Marie, l’incompréhension de cette dernière face à un fils rassemblant un groupe d’ « égarés » et de « bègues », la lâcheté et la trahison des voisins et de la famille, l’injustice d’un sacrifice, la peur et la fuite.

Les Apôtres sont dépeints comme des fanatiques voulant faire dire à Marie ce qu’elle n’a jamais dit. La lâcheté du pouvoir politique en place, l’horreur de la crucifixion et la souffrance d’une mère de voir son fils sacrifié sur la croix sont racontés d’une façon dépouillée et particulièrement sensible, dans une écriture où dominent le silence et la lumière. Un roman prenant et bouleversant qui nous invite à repenser notre regard sur les grands événements tels qu’ils nous sont contés.

Continuer

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Quand j’ai refermé « Continuer » de Laurent Mauvignier, lu dans le cadre du Prix du roman des étudiants France Culture- Télérama, je me suis sentie très seule. « Un livre galopant », « Epoustouflant », étaient quelques-uns des mots, lus ici ou là, utilisés pour le décrire. Est-ce que je suis la seule à ne pas l’avoir aimé ? A avoir trouvé sa lecture certes rapide et fluide mais vide et, au final, désagréable?

« Continuer » raconte le voyage, tant physique qu’intérieur, d’une mère désillusionnée et de son fils à la dérive au Kirghizistan. Dans ce pays où l’on se déplace autant à cheval qu’en voiture ils partent, pour un temps indéfini, vagabonder dans les plaines et montagnes souvent hostiles en dormant dans des yourtes ou chez l’habitant.

Bon, déjà, je trouvait ce « pitch » hyper-mièvre, j’avais peur du livre teinté d’exotisme  écrit par un parisien bobo dans lequel les personnages partent « à l’autre bout du monde » pour « se retrouver ». Mais après tout je n’avais jamais lu Laurent Mauvignier et les retours très positifs devaient être justifiés. J’ai par ailleurs adoré Petit Pays, gros succès de cette rentrée littéraire.

Et bien non. De la première à la dernière page j’ai trouvé que l’auteur en faisait des tonnes, que cela soit dans les descriptions lyriques d’un pays où il n’a jamais mis les pieds que dans le portraits de ses habitants, qu’il n’a jamais rencontré. Ses détails sur la culture kirghize, certes pas inintéressants, sentent beaucoup trop le Wikipédia et le Guide du Routard à mon goût.

La psychologie des personnages et leur personnalité sont également beaucoup trop manichéennes et caricaturales, notamment la figure du père, avec lequel Laurent Mauvignier en fait des tonnes dans le genre pauvre type. Pas très fin et pas très réaliste. Le personnage de Samuel est plus en finesse et l’on découvre Sibylle tout au long du roman mais cela n’a pas suffit à compenser, à mes yeux, le côté prévisible et caricatural de leurs péripéties.

Si je devais faire une phrase sur ce roman je dirais que j’ai eu l’impression de lire le script de la prochaine série de l’été de France 2. Trop mièvre, trop prévisible, trop caricatural.

Petit Pays

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Il suffit de regarder une carte de l’Afrique pour comprendre de quoi parle Gaël Faye. Coincé entre son voisin tanzanien et la République démocratique du Congo, le Burundi est en effet un « petit pays », minuscule même, dont les maux sont pourtant bien grands. Bouleversé par le génocide rwandais et la guerre interne au Congo le pays plonge à son tour dans la violence en 1993.

Témoin direct de ces événements même s’il tente par tous les moyens de s’en extraire Gabriel, héros et narrateur, nous raconte la guerre, la mort, la violence et l’exil à hauteur d’enfant.

Métisse d’une mère rwandaise et d’un père français, rwandais grandissant en exil au Burundi, Gabriel est un enfant matériellement privilégié et insouciant. Dans le Burundi de la paix, il passe son temps avec ses amis à faire les 400 coups  dans « leur » impasse.

Mais la réalité les rattrape, doucement mais sûrement, et la violence s’installe au fil des années qui passent. La littérature, comme un radeau en pleine tempête, ne suffira pas à empêcher Gabriel de se faire emporter par la spirale de l’horreur. Le génocide rwandais, qui décime le pays en 3 mois, et la guerre civile au Burundi qui s’ensuit le contraignent lui et sa sœur à un nouvel exil, vers la France cette fois-ci.

Il serait difficile d’avancer un sujet précis à ce livre de 215 pages qui se lit d’un souffle. Ouvrage de l’exil, du métissage, lettre d’amour à un pays, ode à la littérature, plaidoyer pour la tolérance et l’apaisement, Petit pays est cela et bien plus encore. On espère que le rappeur et slameur Gaël Faye a encore bien des choses à nous raconter.